generationcyb.net pointcyb lien vers les points cyb
Inscription à la lettre d'information | Fil infos rss 

 

Accueil > Boîte à outils > Logiciels libres

Le logiciel libre est une manière de faire société

Interview de Jean-Christophe Becquet, vice-président d’APRIL pour l’éducation populaire

Version imprimable Version imprimable


Interview réalisée par Jean-Christophe Sarrot lors des RMLL 2007.

GCN : Bonjour Jean-Christophe. Qui êtes-vous ?

Jean-Christophe Becquet : Bonjour. Je m’appelle Jean-Christophe Becquet et suis administrateur de l’APRIL depuis un an. J’ai la casquette de vice-président en charge de l’éducation populaire. A travers ce titre transparaît la volonté forte de l’APRIL de travailler de manière plus étroite avec les acteurs de l’éducation populaire. Je suis par ailleurs rédacteur du site Apitux.org sur le logiciel libre, les standards ouverts et l’interopérabilité.

GCN : Qu’est-ce que l’APRIL ?

L’APRIL a été fondée en 1996 pour promouvoir et défendre le logiciel libre. L’APRIL compte aujourd’hui 1500 adhérents : individus, associations, entreprises. Nous avons des partenariats avec des structures comme la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris et la fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’homme, qui nous soutient dans le cadre de l’action Libreassociation.info. Aujourd’hui, l’APRIL est incontestablement l’acteur de référence, en France, sur le logiciel libre. Nous avons acquis une assise et une crédibilité qui font que lorsque des journalistes veulent recueillir une prise de position des acteurs du libre, ils viennent vers nous. C’est un phénomène nouveau. Pendant de nombreuses années, l’APRIL a "poussé" des communiqués de presse. Aujourd’hui, on continue à le faire, on réagit à l’actualité, mais nous avons également des appels entrants de journalistes qui nous sollicitent.

Parmi nos actions récentes, il y a Candidats.fr, qui a consisté, autour de l’élection présidentielle d’abord, des élections législatives ensuite, à consulter et à sensibiliser les candidats au logiciel libre. Pour l’élection présidentielle, 8 des 12 candidats - dont les deux finalistes
- ont répondu à notre questionnaire. Cela nous à permis d’obtenir - et de publier sur Internet - les positions précises de chaque parti, qu’elles soient favorables ou dévaforables au logiciel libre. Ensuite, nous pouvons revenir vers les candidats élus et dans le cas où ils ont pris des positions favorables leur dire : "Vous vous êtes engagé à défendre le logiciel libre. Qu’en est-il de vos promesses ?". Dans le cas où les prises de position ne nous satisfont pas, nous pouvons nous baser dessus pour sensibiliser les élus plus efficacement.

L’action Candidats.fr est un excellent exemple d’action citoyenne. Comme le nombre de candidats pour les législatives était très important, nous nous sommes associés avec des acteurs locaux (des membres d’APRIL, des groupes d’utilisateurs de logiciels libres dans les villes et les régions…). Chacun est allé sur les marchés, dans les réunions publiques, à la rencontre des candidats députés pour les convaincre de signer le Pacte du logiciel libre". En signant ce document, le candidat s’engage s’il est élu à ne pas voter de loi qui mettrait en danger le logiciel libre (comme ce fut le cas par exemple pour la loi DADVSI votée l’année dernière). 500 candidats députés ont signé le pacte, dont une soixantaine parmi les candidats élus. La prochaine étape est de retourner vers ces derniers en leur disant : "Nous vous remercions, nous vous félicitons. Que faisons-nous ensemble maintenant ?", et vers les élus qui n’ont pas signé le pacte, en leur disant : "C’est probablement que vous n’avez pas compris, car comme vous êtes attaché aux valeurs démocratiques et républicaines, vous ne pouvez qu’être favorable au logiciel libre".

Nous avons aussi l’objectif de reconduire l’action Candidats.fr lors des prochaines échéances électorales, notamment les municipales en 2008, avec des modalités à définir mais avec le même objectif qui est de faire peser le logiciel libre dans les campagnes électorales.

GCN : Pourquoi souhaitez-vous travailler de manière plus étroite avec les acteurs de l’éducation populaire ?

JCB : Le constat que nous avons fait - qui est le constat fondateur de l’action Libreassociation.info - est que l’éducation populaire et le logiciel libre ont clairement des fondamentaux communs en terme de responsabilisation de l’individu, à travers l’idée que le citoyen, lorsqu’il est informé, sensibilisé, est plus fort, peut prendre des décisions en conscience, et à travers la conviction que les nouvelles technologies aujourd’hui sont trop omniprésentes dans notre vie quotidienne pour laisser faire n’importe quoi. Les logiciels libres, c’est quoi ? C’est retrouver la maîtrise et la transparence, c’est la possibilité d’un contrôle démocratique et citoyen. Avec l’idée qu’il n’y a pas forcément besoin d’être informaticien pour comprendre les enjeux du logiciel libre. La différence entre un logiciel libre et un logiciel propriétaire est qu’avec un logiciel propriétaire, le seul interlocuteur est l’entreprise éditrice du logiciel. On lui fait confiance ou on ne lui fait pas confiance, mais si on ne lui fait pas confiance, on est tout seul. Avec un logiciel libre, un citoyen qui n’est pas informaticien peut aller voir n’importe quelle personne compétente en informatique en qui il a confiance et lui demander : "Je souhaiterais que tu vérifies que ce logiciel fait bien ce qu’il prétend faire. Que ce navigateur Web, par exemple, est respectueux de ma vie privée, et qu’il n’envoie pas à mon insu des informations me concernant - chose impossible ou très difficile à vérifier avec un logiciel propriétaire et relativement simple à vérifier avec un logiciel libre".
Le logiciel libre permet de renouer avec la confiance de l’utilisateur dans l’outil informatique. Quand on sait la place que celui-ci prend dans nos relations avec l’administration pour la transmission de données personnelles, par exemple médicales, quand on voit sa pénétration dans tous les aspects de notre vie quotidienne, il nous paraît très important de sensibiliser les gens à l’importance que cela soit avec du logiciel libre.

GCN : Les acteurs de l’éducation populaire sont-ils aussi sensibles au logiciel libre qu’ils devraient l’être ?

JCB : Les acteurs de l’éducation populaire sont ouverts à l’idée mais ne connaissent pas forcément le logiciel libre. Lorsqu’on va vers eux et qu’on leur explique, ils sont sensibles à l’idée et ils sont d’accord. Par contre, ils ne sont pas forcément informés. Nous avons donc à faire un travail de sensibilisation en disant : "Non, ce n’est pas un débat de techniciens, c’est un débat d’acteurs citoyens et de gens qui veulent défendre - pour reprendre les termes de la Ligue de l’Enseignement, qui a récemment adhéré à l’APRIL - une certaine manière de faire société". Pour nous, le logiciel libre, c’est une manière de faire société. Et c’est un signal fort que donne la Ligue de l’Enseignement en adhérant à l’APRIL. On espère ainsi pouvoir toucher de nombreux acteurs et avoir de leur part une écoute plus facile. Une fois que l’on a l’écoute, il n’y a pas besoin de beaucoup de temps pour dérouler l’argumentaire et pour que les gens s’y retrouvent.

Pour aller plus loin :
- www.april.org
- www.libreassociation.info


Mis en ligne le lundi 3 septembre 2007



Répondre à cet article

Contact | Plan du site | Espace privé
Dernier ajout : vendredi 24 mai 2013 | 821 articles sur ce site.

Generationcyb.net est motoris´ par Spip 1.9.2e associ´ a un squelette spip Rizom
Sauf indication, les articles sont mis a disposition sous un contrat Creative Commons
Ministere en charge de la jeunesse Institut national de la jeunesse et de l'education populaire Information jeunesse Centre d'information et de documentation jeunesse