QR code sur un mug publicitaire, bonne idée ou gadget ?
Posez le mug sur la table, sortez votre téléphone et visez le carré imprimé sur son flanc. Si l’appareil photo hésite, la personne à qui vous l’avez offert ne fera pas de deuxième essai.
Sur le papier, l’idée a pourtant tout pour séduire. Un objet que l’on tient en main plusieurs fois par jour, un lien direct vers votre site, des visites que l’on peut compter. Encore faut-il que le code résiste à un support rond, qui passe au lave-vaisselle et peut rester des années sur un bureau.
Pourquoi un QR code se lit-il mal sur une tasse ?
Un QR code a été conçu pour une surface plane. Sur un cylindre, les bords du carré fuient vers l’arrière et les trois repères de position que le téléphone cherche dans les coins se déforment. Un grand imprimeur en ligne l’a rappelé à un client dont le mug refusait tout scan, en soulignant au passage que son code mesurait moins de 1,3 cm de côté.
Pour les codes-barres classiques, la norme américaine UCC fixe un repère utile, puisque le symbole ne doit pas couvrir plus de 60° de la circonférence. Sur un mug courant d’environ 8 cm de diamètre, cela laisse une bande d’un peu plus de 4 cm. Un QR code de 2,5 à 3 cm y trouve sa place s’il est centré sur la face visible, loin de l’anse. QR Code Generator conseille de son côté de ne jamais descendre sous 2 × 2 cm.
La taille globale ne dit pourtant pas tout, car la lecture dépend surtout de celle de chaque petit carré, appelé module. Un QR code compte 17 + 4 × V modules de côté, V désignant sa version, qui grimpe avec la quantité de données à encoder.
Une adresse comme votresite.fr/mug, soit 24 caractères avec son protocole, tient en version 3 et 29 modules, même au niveau de correction le plus élevé. Chargée de ses paramètres de suivi, la même page peut dépasser 90 caractères et passer en version 9, soit 53 modules. Sur un code de 2,5 cm, chaque module tombe alors d’environ 0,9 mm à moins de 0,5 mm. Raccourcir l’adresse fait plus pour la lisibilité que n’importe quel réglage graphique.
Le contraste fait le reste. Des modules foncés sur fond clair, jamais l’inverse. GS1, l’organisme qui gère les codes-barres du commerce, déconseille d’inverser les couleurs, que certains lecteurs ne savent pas décoder. Sur un mug noir ou bleu marine, la parade consiste à imprimer une pastille blanche sous le code en conservant autour une marge vide de 4 modules, la zone de silence prévue par la norme.
Quel mug et quel marquage choisir pour un code qui dure ?
La céramique blanche reste le terrain le plus sûr, parce que la sublimation y reproduit des détails très fins avec un contraste net. Pour accueillir un QR code, le choix le plus fiable est donc une sélection de mugs publicitaires en céramique blanche, marqué en sublimation ou en impression numérique.
Cadoétik le précise sur sa page consacrée aux mugs, la tampographie coûte moins cher mais s’efface peu à peu au fil des lavages en machine. Sur un logo, une légère usure passe inaperçue. Sur un QR code, chaque module qui pâlit entame la marge de correction d’erreur.
Cette marge existe en quatre niveaux, de 7 % de surface abîmée récupérable au niveau L jusqu’à 30 % au niveau H. Viser le niveau H protège contre l’usure mais densifie le code, ce qui ramène au problème des modules trop petits. Une adresse courte permet justement de cumuler les deux.
L’inox gravé au laser pose une autre difficulté. La gravure ne s’efface pas mais offre peu de contraste sur une surface brillante, où les reflets perturbent l’appareil photo. Sur le verre, c’est le fond situé derrière les modules qui change selon que la tasse est vide ou pleine de café. Pour ces deux matières, un échantillon testé sous l’éclairage du bureau coûte bien moins cher qu’une série à réimprimer.
Code dynamique ou statique, lequel survivra au mug ?
Les générateurs de QR codes mettent en avant les codes dits dynamiques. Le carré imprimé contient alors l’adresse d’un service de redirection, qui renvoie ensuite vers votre page. On peut changer la destination sans réimprimer et suivre le nombre de scans.
Le revers apparaît le jour où l’abonnement s’arrête. QR Code Generator désactive les codes dynamiques à la fin de ses 14 jours d’essai gratuit et ne les réactive qu’après la souscription d’un forfait. L’offre gratuite de QRStuff les fait expirer au bout de 30 jours et 50 scans. Si la plateforme ferme, tous les codes qui passaient par elle s’éteignent, sans compte à payer pour les ranimer.
Sur une affiche de salon, le risque reste acceptable. Sur 500 mugs distribués pour plusieurs années, beaucoup moins.
La solution la plus robuste ne coûte rien. Générez un code statique, qui n’expire jamais, vers une adresse courte de votre propre domaine du type votresite.fr/mug. Sur le serveur, cette adresse renvoie vers la page du moment en ajoutant les paramètres UTM qui permettront de compter les visites dans votre outil d’analyse. Avec un serveur Apache, une seule ligne dans le fichier .htaccess suffit. Vous gardez la main sur la destination comme sur les statistiques, sans intermédiaire ni abonnement.
Préférez aussi une redirection temporaire (code 302) à une redirection permanente (code 301). Les navigateurs mettent souvent la seconde en cache, si bien qu’un changement de destination risquerait de ne jamais atteindre les personnes qui ont déjà scanné le code.
Un QR code sur un goodie peut-il nourrir le quishing ?
Le quishing, contraction de QR code et de phishing, désigne l’hameçonnage qui passe par un code à scanner. Cybermalveillance.gouv.fr le voit apparaître dans l’actualité depuis 2023, même s’il reste marginal face aux courriels et aux SMS. Les cybergendarmes lui ont consacré une campagne de prévention en janvier 2024. Le piège tient à un défaut tout simple, puisqu’un QR code ne montre jamais où il mène.
Une marque qui invite à scanner sans rien dire de la destination entretient ce mauvais réflexe. Sur un mug, imprimez l’adresse en clair sous le code et faites-la pointer vers votre propre domaine, plutôt que vers un raccourcisseur de liens ou le domaine d’un générateur. Évitez aussi qu’elle ouvre une page qui réclame des données dès l’arrivée. Le destinataire peut alors vérifier d’un coup d’œil que le lien appartient bien à l’entreprise qui lui a offert la tasse.
Alors, bonne idée ou gadget ?
Tout dépend de la page qui attend derrière le code. Le QR code ne fait pas la valeur d’un mug offert, qui tient d’abord à sa présence quotidienne sur un bureau. Il devient un vrai plus quand il ouvre une ressource utile dans la durée.
Pour des collaborateurs, ce peut être la page du support informatique ou le formulaire de signalement d’un incident de sécurité, deux liens introuvables au moment où l’on en a besoin. Pour des clients, un tutoriel vidéo, la page de réassort ou le contact du service après-vente.
Le code tourne au gadget quand il renvoie vers la page d’accueil, vers une promotion expirée depuis six mois ou vers un profil social que plus personne n’anime. Mieux vaut aussi ne pas juger l’opération au seul nombre de scans. Un mug que personne ne scanne mais que tout le monde utilise a déjà rempli sa mission.
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par Jérémy Cordier
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