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Distinguons tout de suite la simple numérisation de l’édition électronique : la première consiste en gros à scanner des documents papiers pour les rendre accessibles par Internet, sans travail d’édition particulier. Un exemple intéressant en est le site du projet Gutenberg, qui rassemble des livres entiers appartenant au domaine public et numérisés par des internautes de bonne volonté à travers le monde.
L’édition électronique suppose, elle, un vrai travail éditorial adapté au multimédia et/ou à l’interactivité.
Par rapport à l’édition papier, elle peut présenter des avantages : faible coût, bien sûr, mais aussi meilleure conservation des documents, facilité d’indexation et de recherche, navigation hypertexte, interactivité possible avec le lecteur, enrichissement avec des contenus multimédias, etc.
Son inconvénient majeur est l’inconfort de lecture. L’encre électronique, qui fait ressembler le livre électronique plus à un vrai livre qu’à un écran, commence à faire des ravages au Japon. Attendons de voir ce que cela va donner en France.
Les premiers à s’emparer vraiment de l’édition électronique sont ceux qui ont donné naissance au Web : les chercheurs et les scientifiques. Ils y ont tout d’abord trouvé un moyen idéal pour se donner à relire leurs travaux les uns aux autres avant publication (c’est la « peer review », la relecture par les pairs). Récemment, constatant que la politique des grands éditeurs numériques (privés et parfois même universitaires) avait pour effet une concentration accrue de l’édition entre les mains de quelques groupes et une moindre diffusion des contenus scientifiques, ils ont lancé par ailleurs la notion de libre accès aux publications scientifiques (Déclaration de Budapest en 2002 et de Berlin en 2003). Une application concrète est l’apparition de revues en ligne en accès libre, telle la PloS (Public Library of Science), fonctionnant sur un nouveau modèle économique : ce n’est plus le lecteur qui paie la consultation, mais le laboratoire du chercheur qui paie (une somme forfaitaire) pour l’édition en ligne de l’article.
Au moment où le débat fait rage sur l’édition et le piratage des œuvres musicales, on pourrait étudier d’un peu plus près le champ de l’édition scientifique électronique et les expérimentations de politiques éditoriales et de modèles économiques qui s’y développent (on objectera que le milieu scientifique est spécifique ; mais n’est-ce pas lui qui, encore une fois, a donné naissance à Internet et à ses usages grand public ?).
Si ce sont les sciences « dures » qui ont franchi le pas de l’édition électronique, en complément ou en remplacement de l’édition papier, ce n’est pas encore le cas d’un domaine qui nous est plus proche : les sciences humaines et de l’éducation, qui ne connaissent pas la tradition du « peer review » chère aux scientifiques. Il y a de plus la frilosité propre à tous les métiers quant aux nouvelles technologies, qui explique qu’aucune étude approfondie n’ait été menée par un éditeur français sur la question de savoir si édition papier et édition électronique sont plutôt concurrentes ou complémentaires. Le philosophe Michel Serres dit que la version numérique d’une revue augmente de 20% sa diffusion papier. Cela s’explique par l’augmentation de la visibilité de la revue, qui n’empêche pas un certain nombre de nouveaux lecteurs de préférer sa version papier qu’ils associent à un plus grand confort de lecture.
Alors, peut-on rêver d’un monde de livres et de revues à la fois papier et numériques ? C’est peu à peu le choix que font certains (petits) éditeurs, en joignant la version numérique sur CD Rom en accompagnement du livre ou en adressant en fin d’année à leurs abonnés un CD comportant tous les numéros de la revue parus dans l’année. Le CD peut être diffusé gratuitement avec la version papier, ou vendu lorsqu’il est seul.
L’UNESCO a créé un logiciel libre appelé Greenstone destiné à permettre la mise en ligne (et sur CD) de catalogues, bibliothèques, livres et revues. Si l’expérience vous tente…
A consulter :
www.monde-diplomatique.fr/revues
www.captaindoc.com
www.inist.fr/openaccess
http://lafeuille.blogspot.com
www.openarchives.org
www.greenstone.org
www.plos.org
Voir aussi le dossier « Les enjeux de l’édition électronique scientifique » sur www.fing.org
Mis en ligne le vendredi 30 juillet 2004