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Il y avait déjà les "wiki", sites et logiciels ultra-collaboratifs [1]. Voici maintenant les "wikibooks", livres sur Internet consultables et modifiables par tous - en respectant, le plus souvent, un code de conduite -, et, bientôt, la "wikiversity", cours et contenus de formation créés et développés de façon collaborative sur le même modèle.
Le journaliste Laurent Mauriac décrit ces livres d’une nouvelle génération dans un article intitulé Des manuels scolaires nouvelle ère et publié le 22 octobre 2005 dans le quotidien Libération.
Les wikibooks ne sont pas si nouveaux que cela, puisque l’on connaît depuis quelques années des expériences d’écriture romanesque en ligne, à plusieurs mains, et que certains, comme Jean-Michel Cornu [2] font de leurs ouvrages sur les comportements de collaboration… des ouvrages collaboratifs en ligne !
Les wikibooks, pas si nouveaux… Les premiers sont nés en juillet 2003 et l’on recense actuellement environ 12 000 titres ! Bien sûr, pas tous en français (un certain nombre concerne d’ailleurs l’apprentissage des langues), et pas tous sur des thèmes comme "J’apprends le crochet ou l’aquarelle" (on n’a rien contre, notez-le bien).
Non, la surprise est qu’un nombre important de titres se situent dans le domaine des sciences exactes, celles que l’on s’attend peu, a priori, à fournir la matière de productions collaboratives. Or les champs des mathématiques, de la physique, de la chimie, de l’informatique, du droit, etc. ne semblent pas du tout délaissés - du moins en anglais -, au contraire.
Au-delà de l’effet de nouveauté qui devient un effet de mode, on peut donc s’intéresser à ce nouveau mode d’écriture et de création/diffusion de connaissance.
Laurent Mauriac rapporte que « Pour les auteurs, c’est une activité sociale amusante, c’est le plaisir d’interagir avec des gens intelligents, estime l’Américain Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia. Et puis c’est une action caritative. Ils contribuent à la connaissance de l’humanité. »
Les wikibooks, comme la "wikiversity" - transposition de ce principe à la conception de contenus de formation - posent en particulier deux questions intéressantes :
1) celle de la place de l’auteur, de son amour-propre, de sa rémunération [3], de ses droits sur ce qu’il crée ; disons - en schématisant sans doute - que les co-auteurs d’un wikibook sont plus soucieux de diffuser un savoir que d’en tirer une rémunération ou une gloire à court terme ;
2) la qualité de la production : certains (dont les créateurs et éditeurs traditionnels) présentent un argument dévastateur pour démolir la crédibilité des wikibooks. Très bien pour écrire de la fiction, disent-ils. Ok pour un travail collaboratif "fermé", comme celui que pratiquent des chercheurs lorsqu’ils font relire un travail en cours par des pairs avant la publication. Mais il n’est tout de même pas sérieux d’autoriser quiconque à modifier le contenu d’un manuel de physique ou de droit (surtout si c’est pour le "vendre" gratuitement :-D) !
À cela, plusieurs réponses :
A visiter :
http://fr.wikibooks.org/wiki/Accueil
http://fr.wikibooks.org/wiki/Wikilivres:Liste_de_tous_les_livres
http://fr.wikibooks.org/wiki/Wikiversit%C3%A9
Pour avoir une vision (très) critique des outils wiki, se reporter aussi au passionnant article [4] "Le web : hégémonie de l’amateurisme" de Hubert Guillaud, du 26/10/2005, dans lequel Nicholas G. Carr dénonce l’hégémonie de l’amateur. Pour moi, je ne peux rien imaginer de plus effrayant.
[1] Voir nos articles Do you WikiNi ? et Wikipedia : un projet collaboratif prêt à l’emploi. [2] Voir notre article Favoriser l’émergence de comportements de coopération et le site http://jmichelcornu.free.fr. [3] On peut lier à cette question celle du ou des modèle(s) économique(s) envisageables pour les wikibooks, les wikiversities, comme pour les logiciels libres. [4] Du passionnant site Internetactu.
Mis en ligne le jeudi 20 octobre 2005
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