Vers les sociétés du savoir est le titre d’un article publié dans le quotidien Le Monde le 4 novembre 2005 par Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO. C’est aussi le titre du rapport mondial de l’UNESCO, téléchargeable (en anglais) à http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001418/141843e.pdf.
L’article s’interroge : le XXIe siècle verra t-il l’essor de sociétés du savoir partagé, ou de sociétés qui excluent certains de la création et de l’échange de connaissances ? Il ne devrait pas y avoir d’exclus dans des "sociétés apprenantes", car le savoir, bien non-rival [1] et non-exclusif, une fois qu’il est passé dans le domaine public, c’est-à-dire une fois passée la période de droits d’auteur éventuels, est un bien public qui doit être accessible à chacun.
La question est posée.
La réponse sera lourde de conséquence, car on sait aujourd’hui que l’essor de sociétés du savoir partagé est la voie qui permettra de lutter contre la pauvreté et contre des risques de santé majeurs et d’accompagner le développement de pays du Tiers Monde.
Cinq obstacles se dressent contre un tel essor :
la fracture numérique physique : pas de connexion, pas d’accès. Si on dénombre aujourd’hui près d’un milliard d’internautes, deux milliards d’autres n’ont pas accès à un réseau électrique, et les trois quarts de la population mondiale n’ont guère accès aux télécommunications de base,
la fracture cognitive , encore plus profonde, qui existe entre le Nord et le Sud et au sein de chaque communauté,
la concentration du savoir et des investissements économiques dans la science et l’éducation , qui produit une fuite des cerveaux du Sud vers le Nord, et entre pays du Nord,
le prix du savoir lorsqu’il est converti en information, et le compromis à trouver avec le respect des droits de propriété intellectuelle ,
l’incidence sur la diffusion des savoirs, des fractures humaines, sociales, familiales, culturelles et géographiques et de la fracture entre femmes et hommes dans tous les pays.
Le rapport mondial de l’UNESCO avance quelques réponses concrètes possibles :
investir davantage dans une éducation de qualité pour tous,
orienter davantage l’aide publique au développement vers l’éducation,
que les pouvoirs publics, en lien avec le secteur privé et les partenaires sociaux, mettent en place progressivement un "crédit temps" donnant à chaque individu droit à un certain nombre d’années d’enseignement après la scolarité obligatoire,
promouvoir des modalités concrètes d’échange des savoirs scientifiques, telle que le "collaboratoire" (permettre à des chercheurs de travailler en réseau au-delà des frontières). Un réel effort dans ce sens réduirait l’écart entre la recherche au Nord et au Sud,
promouvoir la diversité linguistique dans l’échange des savoirs et valoriser les avoirs locaux et traditionnels.
Utopie, rêve et illusion ? Certains pays pauvres ont dépassé des pays riches en termes d’investissement par habitant dans l’éducation et la recherche, et ont vu se réduire les écarts sociaux et économiques.
Une planète qui sait dépenser 1000 milliards de dollars chaque année dans l’armement est capable de réduire certaines dépenses improductives, d’améliorer la productivité de ses services publics et de lutter contre la corruption.
SOMMAIRE DU RAPPORT TOWARDS KNOWLEDGE SOCIETIES (en anglais)
1. From the information society to knowledge societies
Knowledge societies as a source of development
Digital solidarity
Freedom of expression as the touchstone of knowledge societies
2. Network societies, knowledge and the new technologies
Knowledge economy in network societies
The impact of the new technologies on knowledge networks
From memory-based societies to knowledge societies ?
3. Learning societies
Towards a culture of innovation ?
Learning, a key value of knowledge societies
The availability of knowledge
4. Towards lifelong education for all ?
Basic education for all
Lifelong education for all
New inputs for education : institutional reform, pedagogical research,
teacher training and quality of education
“E-learning” : new technologies and distance education
5. The future of higher education
Towards a market in higher education ? Issues of funding
University networks yet to be invented
The new missions of higher education
6. A research revolution ?
New research locations
The new frontiers of science
Research and development : future challenges
7. Science, the public and knowledge societies
A good governance for science and technology
A crisis in science education ?
Fostering a scientific culture
8. Risks and human security in knowledge societies
Knowledge as a risk panacea ? Foresight and disaster anticipation
Knowledge societies, a source of new risk ? Global risks, strategic risks and new
forms of criminality
Knowledge societies, human security, human rights and the fight against poverty
Towards sustainable development societies ?
9. Local and indigenous knowledge, linguistic diversity and knowledge societies
Preserving local and indigenous knowledge
Linguistic diversity and knowledge societies
Pluralism, translation and knowledge sharing
10. From access to participation : towards knowledge societies for all
From the knowledge divide to knowledge sharing
Women in knowledge societies
Universal access to knowledge : knowledge sharing and intellectual property protection
The renewal of democratic public forums in knowledge societies