L’été dernier, le Pointcyb de Sucy (Val-de-Marne) a proposé une « Rando Multimédia ». Le principe : organiser une chasse à l’image en vélo, puis créer, à partir des photos, un cdrom racontant l’aventure. L’idée, très simple, n’est qu’un exemple de ce qu’il est possible de réaliser en utilisant des outils multimédias. Et démontre combien les usages des technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent être transversaux et s’intégrer aux activités habituelles de l’animation, pour les enrichir. « Il serait dommage que l’animation n’investisse pas ce champ alors qu’il suffit d’un logiciel de traitement de texte pour faire des choses intéressantes : une affiche de concert par exemple », avance Amélie Turet, conseillère d’éducation populaire et de jeunesse au Creps de Châtenay- Malabry. « On peut de toute façon difficilement se passer des nouvelles technologies lorsqu’on touche des jeunes », ajoute Jean- Christophe Sarrot, chargé de mission TIC à l’Injep. Ce serait en effet se détourner d’un de leurs outils de communication favoris.
Fabio Butali, animateur jeunesse dans la communauté de communes de Haute-Combe (Savoie) organise des permanences auprès des ados grâce à un logiciel de messagerie instantané sur Internet. Dans ce canton rural, où les déplacements sont souvent difficiles à organiser, l’usage du chat permet d’échanger des informations sur les activités du service jeunesse, d’envoyer les photos des dernières sorties, d’organiser un projet collectif ou encore de toucher de nouveaux jeunes. A Courbevoie (92), Mohamed Ben Atigue, animateur multimédia dans un BIJ (Bureau d’information jeunesse) propose des ateliers d’écriture sur ordinateur, dans le but de susciter « des émotions au-delà des deux obstacles que sont l’écriture et la machine » [1].
Ailleurs, c’est un projet de journal qui prend presque des allures de publication professionnelle grâce à des logiciels adaptés et simples d’utilisation. « Grâce aux nouvelles technologies, les activités d’animation traditionnelles sont décuplées, les potentialités sont énormes », note Amélie Turet. « Le multimédia peut se greffer sur tout type d’animation traditionnelle, il en est complémentaire, pas concurrent, poursuit Jean-Christophe Sarrot. Il y a même un enrichissement mutuel. Il permet par exemple de garder en mémoire ce qui s’est passé en mettant en ligne des photos ou des écrits. Ou bien de partager avec d’autres une expérience par mail, par le biais de blogs, etc. ».
Par ailleurs, l’usage des nouvelles technologies peut permettre de remédier à une inégalité de fait et de lutter contre la fracture numérique. « Internet offre la possibilité à des enfants en difficulté de s’ouvrir sur le monde et de se remettre dans des apprentissages », constate Jean-Christophe Sarrot. Tout simplement, par exemple, en lisant et écrivant des messages à des correspondants.
Travailler en réseau
Certains organisateurs de centres de vacances ont bien compris l’usage qu’ils pouvaient faire des Tic pour communiquer avec les parents. Depuis quelques années, on voit ainsi fleurir des blogs de séjours destinés à leur donner un aperçu du déroulement du centre avec photos et récits des activités [2]. A l’image de la plupart des Espaces publics numériques [3], associations et services jeunesse franchissent également le pas en créant des sites destinés à fournir toutes les informations nécessaires sur les activités proposées, les procédures d’inscriptions et les tarifs. En outre, certains animateurs commencent, plus ou moins spontanément, à travailler en réseau pour s’échanger des informations, par le biais de logiciels de messagerie instantanée, de blogs ou de sites collaboratifs. Pas question, pour autant, de « substituer ces outils complémentaires à la relation directe », rappelle Fabio Butali. Ni de transformer l’animateur en formateur et les loisirs en cours magistraux. « Il faut faire se rencontrer les animateurs multimédias, qui sont souvent arrivés à l’animation par la technique, et les animateurs traditionnels pour basculer de l’enseignement de techniques vers le ludique, l’expression et l’engagement des jeunes », déclare Amélie Turet. « L’objectif, c’est que les enfants ou les jeunes s’approprient l’outil de façon créative tout en restant autonomes », souhaite Mustafa Bendjebbour, animateur multimédia à Sucy. Pour réaliser ce projet, mieux vaut commencer directement l’activité – par exemple la fabrication d’un carnet de chants - en donnant quelques consignes simples. Motivés par la réalisation finale, les participants vont être spontanément demandeurs de techniques – comment utiliser un traitement de texte ? Un logiciel de mise en page ? Etc. - et s’échanger leurs connaissances. Non seulement chacun partira avec une réalisation (personnelle ou collective) mais des liens auront été créés entre tous les membres du groupe.
La technique : pas un frein
Pourtant, malgré ce bouillonnement et l’utilisation croissante des Tic chez les jeunes animateurs, la réflexion sur leur usage dans l’animation reste embryonnaire : « Il y a trop peu de supports d’activités, regrette Jean-Christophe Sarrot. Il faudrait davantage de partage d’expériences et de capitalisation ». A ce titre, le site www.generationcyb.net est un réservoir d’idées et d’informations incontournables pour tout animateur qui veut se lancer dans des animations multimédia. Il peut aussi consulter le logiciel de jeu, L’imaginateur [4]. Par tirage au sort de différents items (objectif éducatif, réalisation socioculturelle, thématique, durée, démarche pédagogique, découverte matérielle ou logicielle, etc.), l’animateur est conduit à créer des projets originaux utilisant des Tic. A condition qu’il ait dépassé son appréhension technique. Quantité d’activités - créer un blog par exemple [5] - sont en fait bien plus simples qu’on ne le croit. On voit d’ailleurs apparaître de plus en plus de blogs d’animateurs - comme celui d’Elise, une jeune animatrice qui propose, outre des photos, jeux, chants et recettes, quelques informations sur les pratiques de l’enfant et la législation en matière d’animation [6]. Mais les contenus sont encore souvent assez pauvres et décevants. Preuve que la technique ne suffit pas. De fait, si l’utilisation des Tic passe par l’apprentissage de leur fonctionnement, il faut aussi réfléchir à la façon dont on veut les utiliser : qu’est-ce qu’on veut dire ? A qui ? Qui va faire quoi ? Comment intégrer les enfants ou les jeunes ? Etc. Ce qui passe par une phase d’organisation et de méthodologie de projet. Bien plus, en tant que médiateur technique et culturel, l’animateur, en favorisant une distance critique, inscrit naturellement son action dans le cadre d’une éducation aux médias. Certains parents se réjouissent que leurs enfants passent moins de temps devant la télévision depuis qu’ils ont un ordinateur. Mais s’interrogent-ils sur l’usage qu’ils font de leur ordinateur ? Savent-ils qu’Internet est le nouveau temple de la publicité ? Que les informations qu’on y trouve ne sont pas toujours fiables ? « Il y a un déclic dans la tête des enfants lorsqu’ils prennent conscience qu’ils peuvent créer un site internet. En passant du statut de consommateur à celui de producteur par le biais d’une animation multimédia, ils commencent à comprendre comment le système fonctionne », constate Jean-Christophe Sarrot.
Libre
Offrir la possibilité d’agir sur l’outil technique, c’est justement l’un des intérêts des logiciels libres dont la philosophie – refus de la marchandisation, mutualisation des connaissances, possibilité d’agir sur son environnement… - entre largement en résonance avec les valeurs de l’éducation populaire. Pas étonnant, dans ces conditions, que s’esquisse, ici et là, un rapprochement entre le mouvement du « libre » et certaines associations d’éducation populaire. En 2005, lors de leur congrès annuel, les Cemea ont ainsi décidé d’œuvrer à la promotion des logiciels libres. Moteurs de cette dynamique, ceux des Pays-de-la-Loire utilisent largement ce type de logiciel dans leur administration, et leur consacre un temps de formation lors des perfectionnements Bafa, les ordinateurs utilisés étant reliés par le système AbulEdu [7]. L’animateur ou l’enfant, plutôt que de payer une licence d’utilisation, pourra réutiliser chez lui, gratuitement ou pour une somme modique, le logiciel utilisé dans son stage ou son centre de loisirs. Il pourra ensuite, s’il le souhaite, en faire bénéficier ses proches en le copiant et en le distribuant.
Pour les promoteurs du logiciel libre, l’intérêt d’une plus grande proximité avec l’éducation populaire se fait également sentir. Solix (Sologne Linux, www.solix.info), une association de défense du logiciel libre, a installé trois anciens PC, doté d’un système d’exploitation GNU/Linux, dans un centre de loisirs local dans le cadre d’un programme Jeunesse et Sports d’incitation à la lecture. Elle est depuis peu agréée « Jeunesse et Education populaire ». Dans ce contexte, une initiation multimédia en stages Bafa/d comprenant, outre une information juridique [8], une sensibilisation aux logiciels libres, serait l’occasion, pour les associations d’éducation populaire, de prendre part au débat de fond sur les modes de production et de diffusion de l’information dans notre société. Débat qui n’est pas sans interroger les valeurs (de démocratie et de citoyenneté) et les pratiques (basées sur l’échange, la collaboration, le travail en réseau, l’ouverture, la transversalité et la mutualisation) de l’éducation populaire.
« Comment j’ai créé le blog du séjour »
« Je n’ai aucune compétence particulière en informatique. J’ai
cependant décidé, par souci de transparence vis-à-vis des parents
et des institutions, de créer un blog du séjour organisé cet été par
l’association Jeunesse Heureuse. Un ami m’a expliqué comment
procéder. Je me suis aperçu que c’était très simple et qu’on pouvait
tout à fait se lancer tout seul.
En revanche, la gestion d’un blog au quotidien n’est pas une mince
affaire. Il faut d’abord savoir ce qu’on veut dire. Sur notre blog, nous
avons surtout évoqué les activités et très peu la vie quotidienne du
centre. Il faut aussi être discipliné pour mettre régulièrement les
informations en ligne. Cela prend une bonne heure chaque jour, ne
serait-ce que pour prendre les photos, les trier, les télécharger, etc.
Les retours des parents ont été très positifs ; ils étaient très heureux
de pouvoir participer aux événements. Au départ du séjour, au
moment de la demande d’autorisation pour la mise en ligne des
photos, je leur avais remis une carte avec l’adresse du site et celle
de la messagerie. Il n’y a eu aucune réticence.
Je compte recommencer l’année prochaine en réfléchissant à intégrer
davantage les enfants, ce qui n’était pas le cas cette année
puisque j’ai entièrement géré le blog avec la directrice adjointe. D’ici
là, je vais utiliser le blog pour donner des informations aux parents,
notamment sur les inscriptions aux prochains séjours ».
Sébastien Jeser, directeur du centre de vacances de Jeunesse
Heureuse (www.jeunesseheureuse.canalblog.com).
Bibliographie
Le pouce et la souris : enquête sur la culture
numérique des adolescents, de Pascal Lardellier,
Fayard, 2006
La diffusion des technologies de l’information
dans la société française, Régis Bigot, Credoc, n°
236, décembre 2004
Internet et nouvelles technologies : les ados pris
dans la toile ?, Consommation et modes de vie,
Credoc, n°172, janvier 2004
Les jeunes et internet : représentations, usages et
appropriations. Synthèse internationale / France,
Ministère délégué à la Famille, Clemi (Centre de
Liaison de l’enseignement et des moyens d’information),
2003
Pour aller plus loin
Pour les animateurs multimédias et tous les autres :
www.generationcyb.net
Le site des « Logiciels et ressources libres
pour l’éducation » : http://scideralle.org
Le site de la Délégation aux Usages de l’Internet :
http://delegation.internet.gouv.fr
Le site de l’association Creatif, www.creatif-public.net
[1] Voir par exemple un blog issu d’un atelier : www.20six.fr/bleublancrouge. [2] Par exemple : www.jeunesseheureuse.canalblog.com et http://cvberlats.free.fr. [3] Exemple du blog de l’EPN de La Glacerie (50) : www.cyberglac.com/dotclear. [4] L’imaginateur : http://213.56.212.135/Portals/PNF/imaginateur/
testreflection2.swf. [5] Pour créer un blog, vous pouvez utiliser des logiciels libres
[Dotclear (www.dotclear.net) ou Wordpress (www.wordpress-
fr.net)] ou passer par des formules gratuites mais hébergées
par des prestataires privés sans publicité comme Blogger
(www.blogger.com) ou avec pub comme Bloog
(www.blogg.org). [6] http://lemondedesanim.oldiblog.com.
Voir aussi : http://animerdonnerlavie.over-blog.com. [7] AbulEdu (www.abuledu.org) est un réseau logiciel libre composé
d’un serveur et de terminaux (ordinateurs, imprimantes,
etc.) dont l’objectif consiste à faciliter l’usage de l’informatique
dans les établissements scolaires, les associations, les
organismes de formation, etc. [8] Notamment sur le droit à l’image, incontournable lorsqu’on
met en ligne des photos d’enfants. Pour plus d’info, consultez
les sites de la Commission nationale de l’informatique et des
libertés (Cnil, www.cnil.fr) et le site du forum des droits sur l’internet (www.foruminternet.org).
Mis en ligne le mardi 6 février 2007
Bonjour,
dans ce cas concret, je peux vous présenter la démarche que nous avons eu en Maurienne, tout a fait dans le même genre, pour une "rando photo" de trois jours dans la vanoise :)
Le récit ici : http://81.56.137.139/index.php/2006/08/25/122-rando-photo-en-vanoise-le-recit-de-romane-marie-camille-aurore
Plein de bonne humeur, d photos, et une démarche sympa.. :)
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