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Se former à l’évaluation de l’information

Intervention d’Alexandre Serres lors de la journée "Evaluation et validation de l’information sur Internet" (31 janvier 2007 à Paris)

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Les documentalistes sur le front de l’éducation à l’information

S’il est une profession aujourd’hui située en première ligne de l’éducation à l’information sur Internet, c’est bien celle de l’information-documentation, c’est-à-dire les bibliothécaires et documentalistes, et en particulier celles et ceux qui oeuvrent dans les établissements d’enseignement et de formation.

Un réseau particulièrement dynamique dans la réflexion et la production de ressources sur ces questions est celui des URFIST [1]. Il proposait mercredi 31 janvier 2007 à Paris une journée d’échanges intitulée "Évaluation et validation de l’information sur Internet" [2].

C’est ce même réseau qui organisait en 2003 les "Assises de l’éducation à l’information" (voir www.ext.upmc.fr/urfist/Assises/Ass-index.htm).

C’est aussi un réseau qui fonctionne… en réseau ! Et partage ses interrogations et ses avancées avec le plus grand nombre en mettant en ligne un nombre insoupçonné de ressources sur l’éducation à l’information.

Le 31 janvier, la présentation d’Alexandre Serres, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’URFIST de Rennes, concernait la question de la formation à l’évaluation de l’information : qui doit former, et à quoi ? L’éducation à l’information doit-elle être une matière autonome, ou doit-elle être intégrée à chaque discipline ?

Face à des désorientations aggravées par le numérique, une prise de conscience défaillante

L’ampleur de la tâche apparaît d’emblée : personne ne naît autonome dans la recherche d’information.
Former à cette dernière, c’est former au jugement, objectif ambitieux et difficile à mesurer ! C’est aider l’individu à retrouver des repères personnels dans le contexte de désorientations générées ou aggravées par le numérique : difficultés à se repérer sur Internet, bien sûr, mais aussi et plus généralement difficultés à se constituer une culture, à rassembler des connaissances, à identifier des valeurs et des repères.

La tâche est rendue difficile de par une perception quasi absente des besoins. Les adolescents comme les adultes sont bien de plus en plus conscients de la nécessité de valider l’information, mais l’élévation du niveau général des usages - dans un cadre général d’innovation technologique permanente - fait que les internautes s’estiment aussi de plus en plus autonomes face à l’information, alors qu’ils ne le sont pas, ou qu’ils le sont de façon très hétérogène.

Autre difficulté, qui concerne cette fois l’université : la prégnance de la documentation conçue comme étant au service des disciplines enseignées, ce qui fait l’impasse sur toute spécificité de l’éducation à l’information.

Les tendances actuelles de la recherche d’information

Dans son article "Recherche d’information sur Internet : où en sommes-nous, où allons-nous ?" sur http://savoirscdi.cndp.fr/culturepro/actualisation/Serres/Serres.htm, Alexandre Serres identifie sept tendances importantes de la recherche d’information :

- « de la dépendance à l’autonomie des usagers »
La démocratisation des outils de recherche permet aujourd’hui de se passer d’un intermédiaire professionnel de l’information pour accéder à celle-ci. Mais l’utilisateur doit-il pour autant être laissé "seul face à Internet" ?
- « de la maîtrise des stocks à la surabondance des flux »
L’explosion, depuis les années 1960, de la masse d’information et de documents disponibles, à laquelle s’ajoutent les multiples possibilités d’autoédition sur Internet, rend caduque le principe de la validation a priori de l’information.
- « de la validation a priori à la validation a posteriori »
Sur le Web, nous ne sommes plus dans le circuit traditionnel des étapes de validation successives des écrits par l’auteur, l’éditeur, le libraire puis le bibliothécaire. Une grande partie de l’information est captée directement par le lecteur, qui la valide - ou pas - après sa diffusion.
- « de la rareté et de la distinction à l’explosion et à l’hybridation des outils et des modes de recherche »
Les outils de recherche se multiplient et s’imbriquent. Quatre modalités de recherche d’information peuvent se mêler : la navigation arborescente (annuaires), la navigation hypertextuelle (sites Web, cédéroms), la recherche par mots-clés dans des champs délimités (l’interrogation des banques de données, des catalogues…) et la recherche par requête sur le contenu (recherche en texte intégral, moteurs de recherche). Si ces mixages produisent des résultats utiles, il reste important de permettre à l’utilisateur de bien distinguer ces quatre grands types de recherche d’information afin de comprendre "comment ça marche".
- « du « retrouvage » booléen à la « sérendipité » »
La recherche d’information traditionnelle s’effectuait par opérateurs booléens (on recherche tel terme et tel autre, excepté tel autre, etc.) sur un stocks de documents fermé, par exemple le catalogue d’un centre de documentation. Sur le Web, chacun expérimente que les découvertes se font aussi parfois par hasard, au gré des recherches. On parle de sérendipité ( « la découverte par chance ou sagacité de résultats que l’on ne cherchait pas »).
« Fondée sur l’intuition, l’association d’idées, mais aussi l’abduction, la sérendipité, qui caractérise également le mécanisme de l’invention et de la découverte scientifique, est devenue l’un des modèles de la recherche d’information sur Internet, remettant au premier plan les questions de la navigation hypermédia, de l’apprentissage par exploration, de la conversion des informations en connaissances… Il ne faut pas y voir pour autant la fin de la nécessaire maîtrise des principes et des procédures de recherche ou l’inutilité de tout savoir technique sur les outils de recherche. » [3]
- « du modèle de l’accès à celui du traitement de l’information »
Le coût de la recherche d’information n’est plus tellement dans l’acquisition de celle-ci, mais dans son traitement : on passe plus de temps à analyser les dizaines de pages de résultats d’une recherche Google qu’à les obtenir. Dans cette quête de l’efficience du traitement, on observe que les outils documentaires des bibliothèques et les outils de recherche du Web (tels par exemple des outils originaux comme Exalead, MapStan, SurfWax, Vivisimo) s’échangent de plus en plus des procédés.
- « de la gratuité à la commercialisation de la recherche »
Apparaît depuis quelque temps une dimension commerciale dans la recherche d’information. L’information n’a jamais été gratuite et a toujours eu un coût, même s’il est supporté par le fournisseur (et il a toujours existé des bases de données payantes). Mais aujourd’hui, le positionnement payant de certains émetteurs d’information et de contenus perturbe la pertinence des résultats de recherche.

Quatre cultures à mobiliser pour s’éduquer à l’information

Evaluer l’information sur le Web est donc plus difficile que sur le papier.

L’éducation à l’information doit développer des apprentissages progressifs au collège, au lycée, à l’université et dans la vie professionnelle. Peu à peu se développe la notion de "curriculum informationnel", qui est l’idée d’une progression cohérente des apprentissages liés à la recherche d’information. Mais il reste un gros travail à faire pour préciser les notions à aborder par niveau et penser les articulations ollège-lycée et lycée-université.

Pour Alexandre Serres, il est nécessaire de mobiliser peu à peu quatre cultures :
- une culture générale du doute (pas du soupçon) et de la vigilance critique contre les dangers : désinformation, invasion publicitaire… Cette culture ne concerne pas que l’information. C’est une attitude intellectuelle et citoyenne plus large,
- une culture méthodologique de la recherche d’information, qui combatte l’illusion techniciste que les outils peuvent à eux seuls résoudre les difficultés. L’évaluation sera toujours humaine au final. Cela signifie aussi prendre le temps lent de l’analyse et de la lecture, malgré la rapidité de la navigation Web,
- une culture informatique large, qui ne consiste pas seulement en la maîtrise de savoir-faire. Il s’agit d’une culture technique large, qui fasse comprendre comment et pourquoi les outils fonctionnent ainsi, seulement de savoir faire ; la culture technique est trop souvent réduite à la maîtrise d’outils
- une culture informationnelle qui forme à la déconstruction de l’information. C’est un travail sur les notions-clé : source, auteur, information, pertinence… Il faut poursuivre la définition de ce corpus théorique et utiliser des méthodes varier, y compris ludiques, pour le diffuser.

En guise de conclusion : trois axes de travail

- sensibiliser les enseignants, les formateurs, les institutions,
- capitaliser des expériences pédagogiques,
- poursuivre un chantier sur l’identification des notions-clé de l’évaluation de l’information.

Voir également :
- www.imarkgroup.org/index_fr.asp,
- des ressources utiles, produites ou sélectionnées par les URFIST, sur www.uhb.fr/urfist/supports.htm,
- un diaporama "Maîtrise de l’information : quels contenus, quelles notions enseigner ?", support d’un stage de mai 2006 proposé par Marie-Laure Malingre et Alexandre Serres, téléchargeable à http://www.uhb.fr/urfist/Supports/FormaMaitrInfo/DidactiqueMaitriseInfo-Mai06.ppt et auquel cet article emprunte de nombreux éléments,
- www.erudist.fr : référentiel de compétences en recherche d’information pour des étudiants de 1er cycle universitaire (bac+1 à bac +3). Ce référentiel est destiné aux enseignants et bibliothécaires en charge des formations documentaires. Chaque compétence apparaît sous la forme d’un verbe à l’infinitif et est découpée en « compétences élémentaires ». Pour chacune de ces dernières, des liens vers des ressources électroniques (cours, exercices, didacticiels…) permettent d’illustrer les savoirs ou savoir-faire en question,
- sur www.uhb.fr/scd/Methodoc_evaluation.html, un guide de la recherche d’information à destination d’étudiants (sommaire : 1. Quelques aspects de l’évaluation de l’information ; 2. Comment identifier une ressource sur le web ? ; 3. Comment évaluer la qualité de l’information trouvée ? Démarche, questions à se poser ; 4. Dix notions et termes à connaître sur l’évaluation de l’information ; 5. Quelques sites à consulter pour en savoir plus),
- sur http://eduscol.education.fr/D0217/actes_information_connaissance.htm, les actes Actes du séminaire national "De l’information à la connaissance" en 2006.


[1] Unités Régionales de Formation et de promotion pour l’Information Scientifique et Technique.

[2] Voir le blog de cette journée à http://urfistreseau.wordpress.com, et les vidéos à http://w3appli.u-strasbg.fr/canalc2/video.asp ?idVideo=5518.

[3] http://savoirscdi.cndp.fr/culturepro/actualisation/Serres/Serres.htm.

Mis en ligne le jeudi 1er février 2007



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