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Migrations à Besançon : la mairie mise sur la coopération des mémoires

Entretien avec Odile Chopard

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Odile Chopard travaille au centre communal d’action sociale de Besançon et est chef du projet "Migrations à Besançon" qui débute officiellement en décembre 2007 avec l’ouverture du site Internet www.migrations.besancon.fr. C’est elle qui, depuis 2005, prépare le démarrage de cette action atypique pour un service public : associer le plus largement possible des citoyens à la collecte de mémoire et à la constitution de l’Histoire de la population bisontine. "Le mot "collaboratif" est important, explique le maire, Jean-Louis Fousseret, dans le dossier de presse. "Ce site est un outil mis à la disposition de toutes celles et de tous ceux qui souhaiteront contribuer à une meilleure connaissance des habitants de notre ville : il s’agit d’une création collective". Outre cette dimension collaborative, la mairie veut lancer un second défi en souhaitant que ces rencontres virtuelles puissent conduire à de "vraies" rencontres entre personnes et entre générations. Odile Chopard nous en dit plus sur la genèse, les objectifs et les premiers pas du projet.

GénérationCyb : D’où et quand est venue l’idée du projet "Migrations à Besançon" ?

Odile Chopard : mon expérience d’une vingtaine d’années de travail dans l’audiovisuel et la création de documentaires à Besançon m’a convaincue de l’importance d’associer les gens à la collecte de témoignage, à l’écriture et à la création. J’ai été embauchée par le CCAS de Besançon au moment où il réfléchissait sur la manière de prolonger un travail de recueil d’histoires de migrants. En même temps, un ami m’a fait découvrir les dimensions collaboratives d’Internet et du Web 2.0. J’ai assisté au forum des usages coopératif à Brest en 2006. J’ai donc proposé en 2005 au CCAS de mettre en oeuvre de telles méthodes pour poursuivre la collecte de mémoire auprès des personnes âgées immigrées et d’autres publics. Le directeur du CCAS et l’Adjointe au Maire chargée des affaires sociales ont approuvé le projet en considérant que cette dimension collaborative n’était pas qu’une question de forme, mais qu’elle concernait une dimension de fond du développement social et culturel de notre agglomération. En 2005, j’ai commencé à travailler sur le projet à mi-temps, puis à plein temps depuis mai 2006.

Concrètement, que propose le site www.migrations.besancon.fr ?

Il invite les internautes à proposer en ligne un témoignage (texte, photo, etc.) sur leur histoire de migration. Les contributions peuvent être faites de façon personnelle ou en créant un mini-site afin de permettre à plusieurs personnes d’apporter des témoignages collectifs. Un réseau de structures associatives et institutionnelles (associations, cyberbases, maisons de quartier, bibliothèques) participe également au projet, et peut accompagner des contributeurs dans leur travail. Nous allons renforcer en 2008 cet accompagnement de terrain. Il s’agit de déjouer la peur qu’ont les personnes éloignées des nouvelles technologies, et que leur envie de communiquer devienne plus forte : il faut attirer le public à travers le sens et non pas le faire fuir par l’outil.

Le site a été lancé le 7 décembre. Ses contenus aujourd’hui sont seulement un "produit d’appel". Nous l’avons rempli surtout pour qu’apparaissent les trous à combler par les témoignages à venir. Très peu sont donc actuellement en ligne, mais nous en avons déjà reçu plusieurs qui émanent soit de personnes qui veulent contribuer directement, soit de personnes qui veulent aider à recueillir des témoignages. Une femme s’est par exemple proposée pour travailler sur les femmes et l’immigration.

Quels sont les objectifs du projet ?

Ils sont bien résumés dans le dossier de presse. Je citerais de manière non-exhaustive :

  •  le souhait d’écrire ensemble une histoire de l’immigration de l’agglomération. Cette histoire est complexe et doit être construite de manière plurielle : depuis le début du projet, nous travaillons avec l’Université [1] qui nous épaule avec un conseil scientifique pluridisciplinaire
  •  il s’agit aussi qu’elle soit appropriée par les uns et les autres. Quel meilleur moyen de se l’approprier que de l’écrire ensemble ?
  •  un résultat de ce travail entrepris avec la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration comme partenaire sera évidemment de changer notre regard sur ce qui constitue "l’identité française",
  •  notre attention se porte beaucoup vers les personnes immigrées âgées, dépositaires d’un savoir irremplaçable et qui, en même temps, ne le transmettent pas à leurs enfants ou petits-enfants, qui ont difficilement accès à cette mémoire par leur famille ou par l’école, alors qu’elle est nécessaire à leur construction identitaire.

    Qu’apporte Internet à un tel projet ?

    Internet permet de créer des liens différents, entre des personnes qui ne se rencontreraient peut-être jamais sinon, entre des personnes de générations ou de cultures différentes. Paradoxalement, Internet peut être un outil de rencontre de proximité. Nous allons ajouter en 2008 une entrée "jeunes" sur le site, afin de permettre à des jeunes de découvrir des contributions de personnes âgées qui témoignent de ce que les parents ou grands parents des jeunes ne peuvent témoigner. Ceci pourra susciter des rencontres et rompre l’isolement. Comme le dit Jean-Louis Fousseret dans le dossier de presse : "Le pari que nous faisons, c’est que les liens créés sur ce site Internet de manière virtuelle suscitent des rencontres et des découvertes bien réelles".

    Les modes de travail collaboratifs se heurtent souvent aux habitudes du fonctionnement traditionnel hiérarchique. Constatez-vous des résistances qui freinent le projet ?

    Les logiques hiérarchiques et les logiques transversales sont différentes. Au sein d’une institution, lorsque l’on n’a pas un statut de directeur ou de "chef", chaque pas que l’on fait en avant vers des modes de travail plus collaboratifs est une bataille. Parfois, je me dis que l’énergie que je dépense à défendre la "forme" du projet serait plus utilement consacrée à travailler sur le fond.

    En même temps, celui-ci ne peut fonctionner que si tous les services municipaux y adhèrent, et c’est ce à quoi nous travaillons avec le soutien de l’équipe de direction générale des services de la ville.


    [1] Les partenaires du projet sont le Laboratoire Thema/MTI (Université de Franche Comté et de Bourgogne - CNRS), la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE), la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Franche-Comté, l’Université de Franche-Comté, la Caisse d’Epargne, la Caisse Régionale d’Assurance Maladie de Franche-Comté (CRAM), la Fondation de France Radio Sud, les Archives départementales du Doubs, l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE).

    Mis en ligne le vendredi 21 décembre 2007



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