Elisabeth LE FAUCHEUR-JONCOUR (elisabeth.le-faucheur-joncour@mairie-brest.fr) est coordinatrice du Centre de Ressources Multimédia du Pays de Brest.
Interview réalisée par l’Injep le 1er février 2006. (Consulter également le site collaboratif www.a-brest.net, extrêmement riche d’informations sur le centre de ressources).
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Qu’est-ce que le Centre de ressources multimédia du pays de Brest ?
Le « Centre de ressources coopératif pour l’accès public à Internet et au multimédia en pays de Brest » a pour but l’appropriation sociale des TIC par le plus grand nombre. Il a vu officiellement le jour en avril 2004. Il s’adresse aux animateurs multimédias et aux médiateurs de l’accès public à Internet regroupés sur 90 lieux environ (couvrant un territoire de 350 000 habitants) : plus de 60 PAPIs - point d’accès public à Internet - situés dans des bibliothèques, des équipements de proximité et des lieux associatifs brestois, et une trentaine de « cybercommunes » créées par le Conseil régional. L’idée de ce projet a germé en 2001. Un appel à projets devait être lancé par la DATAR pour la création de centres de ressources régionaux. S’appuyant sur un réseau de PAPI déjà démarré et des initiatives existantes, des animateurs brestois ont rédigé ensemble un projet qui n’a finalement pas été adressé à la DATAR, qui retira son appel, mais aux collectivités territoriales et en particulier le Conseil régional, le Conseil général et la ville de Brest. Le projet, porté au départ par la ville de Brest, est devenu celui de l’association des communautés du Pays de Brest. Les réponses positives des financeurs sont arrivées fin 2003 et la mise en œuvre a été confiée au service Démocratie Locale et Citoyenneté de la mairie de Brest, dont je fais partie. Je suis employée à plein temps sur ce projet, ainsi qu’un technicien informatique à mi-temps. Les 6 autres salariés du service participent au centre de ressources mais ce n’est pas leur mission principale.
Cette « culture numérique » à Brest n’est-elle pas encore plus ancienne ?
Si l’on remonte plus loin dans le temps, la date marquante est en effet 1997, année de la création par Michel Briand (adjoint au maire) du groupe « Citoyenneté et Nouvelles Technologies » (CNT), qui existe toujours et compte aujourd’hui 200 membres : permanents ou bénévoles d’associations, enseignants, fonctionnaires, quelques entreprises. L’idée est de permettre aux gens de se rencontrer, même s’ils appartiennent à des réseaux différents. Le groupe s’est structuré en 4 cercles qui réfléchissent à l’usage d’Internet dans l’éducation, les associations, les points d’accès publics et l’accès aux droits et à l’emploi. Le cercle « points d’accès public » est constitué de nombreux représentants des PAPIs. Il a été également associé à la création du centre de ressources.
Quels sont les axes d’action du centre de ressources ?
Il y a deux grands objectifs : le soutien au quotidien aux initiatives, et le travail prospectif par rapport aux usagers et aux usages. Le soutien au quotidien, c’est l’animation d’ateliers d’initiation (terme que je préfère à formation) ; l’assistance technique ; le prêt de matériel, faire se rencontrer les animateurs, les médiateurs, les projets. Je trouve que ce dernier aspect, la « mise en réseau », est assez bien réussi : nous parvenons à gommer les frontières entre les quartiers, entre l’urbain et le rural. Le travail prospectif, c’est évaluer, réfléchir, agir sur le devenir de l’accès public aux TIC, en s’intéressant à la fois aux usagers (et surtout aux plus éloignés d’entre eux : les personnes handicapées et les familles en grande précarité) et aux usages actuels et à venir (par exemple la création numérique, la coproduction de contenus…). Dans ce second objectif, une place très importante est réservée à l’évaluation. Deux exemples récents : une évaluation des PAPIs et une autre sur l’accès des publics les plus éloignés.
Le centre de ressources possède t-il un site Internet ?
Non, pas en tant que tel. Nos contenus sont mis en ligne sur le site www.a-brest.net. Nous aurons peut-être un site propre à moyen terme.
Comment se déroule la formation au sein du centre de ressources ?
Nous privilégions l’animation d’ateliers par les animateurs eux-mêmes. Ce sont ceux qui proposent ou demandent des thèmes d’ateliers et recueillent les inscriptions. Nous discutons avec eux des contenus des ateliers. Si le nombre d’inscrits est suffisant, l’atelier se déroule et le centre de ressources verse une indemnité à la structure employeur de l’animateur, afin de compenser le temps qu’il passe à préparer et animer l’atelier. En 2004-2005 ont ainsi eu lieu 58 ateliers pour 300 participants (salariés de structures mais aussi bénévoles) et un nombre total de 400 heures d’initiation. Tous les ateliers sont gratuits.
Vous mettez systématiquement en ligne les comptes rendus de réunions, de travaux, d’ateliers ?
Lorsque je suis arrivée au centre de ressources en 2004, on m’a dit : « En principe, on met tout sur Internet » ! On début, je ne voyais pas l’importance de cela. Je vois aujourd’hui que c’est un moyen de garder l’histoire de ce qui se dit et se fait. C’est une source d’information quotidienne dans nos démarches d’évaluation, de montage de projets, etc. Nous avons donc pris l’habitude de mettre sur www.a-brest.net le maximum de documents qui accompagnent notre action, en accès libre et gratuit pour tous les internautes.
Utilisez-vous également Internet comme outil de travail et de formation à distance ?
Là, je suis un peu plus réservée. Je crois que pour que les gens fassent connaissance (et c’est une de nos actions principales : faire se rencontrer les gens pour faire émerger des projets de solidarité), la rencontre physique est indispensable, surtout lorsque les gens ne se connaissent pas d’emblée. Nous utilisons pour l’instant peu des outils de formation à distance en tant que tels. Par contre, il existe sans doute sur le pays de Brest la plus forte densité au kilomètre carré de sites collaboratifs Spip et Wiki ! Je pense qu’une fois qu’un groupe s’est rencontré physiquement, il peut être fructueux de mettre à sa disposition des outils collaboratifs à distance. Le CD de logiciels libres Free-Os a été conçu en grande partie à distance. Il n’y a eu que 2 ou 3 réunions, le reste de l’organisation des tâches et de la production de documents s’est construit à l’aide d’un site Wiki et d’une liste de discussion Sympa. L’efficacité du site Wiki et de la liste m’a impressionnée ! La fabrication des guides CREATIF s’effectue aussi en grande partie à distance. Quand à la formation à distance, on pourrait en effet imaginer des contenus mis en ligne sur des thèmes techniques, en accompagnement des ateliers en présentiel.
Je constate aussi que sur www.a-brest.net se déroulent parfois des échanges intéressants à distance, par exemple sur les forums des articles concernant les logiciels libres.
Vos financeurs reconnaissent l’importance de vos modes d’animation de réseau ?
Ils reconnaissent surtout l’importance de l’utilité sociale de l’accès public à Internet, et nous font confiance par rapport à cette mission.
Cet article alimente les réflexions sur la journée d’échange de pratiques qui s’est tenue le 9 mars 2006 à l’Injep. Le thème de cette manifestation gratuite et ouverte au public portait sur "L’éducation populaire & la formation à distance : comment les TIC peuvent-elles enrichir les pratiques d’éducation populaire ?".
Mis en ligne le lundi 27 février 2006
- Handicaps lourds et accès aux TIC
- Interview : François MICUCCI
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