A l’image des télécentres communautaires qui existent en Afrique, ces cyberboutiques proposent une offre commerciale d’accès au numérique originale. Quel est ce modèle économique de développement ? Quels sont les différences avec les EPN ? A quels besoins ces boutiques répondent-elles ?
Originalité des téléboutiques de Chateau Rouge
Dans ce quartier de Paris, se cotoient 43 ethnies différentes dans un environnement assez défavorisé : fort taux de chômage, peu d’infrastructures publiques, immeubles vétustes, etc.
Cependant, depuis 1999, se développent de nombreux lieux d’accès au numérique proposant différents services : téléphones mobiles, cabines téléphoniques, carte téléphonique pour l’international, fax, accès à Internet, etc.
Concrétement, il s’agit de boutiques où ces différents services d’accès au numérique se côtoient. Parfois d’autres activités peuvent coexister dans ces commerces tels la coiffure, la réparation de bijoux ou d’autres services encore.
Ce qui fait la différence avec les boutiques occidentales de type cybercafés, ce n’est pas le service en lui même mais la façon dont celui ci est présenté, vendu.
En effet, ces boutiques sont inspirées des télécentres communautaires en Afrique. Elles sont naturellement investies par une population de migrants qui peuvent ainsi accèder au numérique à un faible coût. Le plus souvent, il s’agit pour ces personnes de pouvoir joindre leur famille restée dans leur pays d’origine.
Il est vrai que l’Internet est beaucoup moins utilisé que le téléphone international. Cependant, puisque l’Internet est disponible dans les mêmes boutiques, la clientèle aura tendance à se familiariser avec cette technique. Aujourd’hui, les internautes fréquentant ces téléboutiques sont principalement des jeunes ayant déjà une expérience de l’informatique.
Ces boutiques fonctionnent sur un mode marchand. L’accès aux techniques est collectif, c’est à dire qu’il y a partage du matériel mais il n’y a pas de pratiques communautaires, pas de projets collectifs autour des NTIC : seul compte l’accès individuel pour communiquer avec sa famille à distance.
Il ne s’agit pas d’un commerce de pauvreté. Comme de nombreuses activités développées par une population de migrants, il peut s’agir de petits commerces qui évoluent parfois vers un commerce lucratif, managé par de véritables hommes d’affaires.
Un service différent des EPN
Bien que l’engouement pour la net économie soit retombée, ces lieux, eux, ne désemplissent pas, et ne cessent de se multiplier depuis 3 ans. Ces boutiques se sont développées alors qu’il n’y avait pas d’offre publique en direction de ces populations. Aujourd’hui, un EPN s’est ouvert dans ce quartier. Et bien que le public fréquentant ces téléboutiques soit l’un des publics cibles des EPN, le service proposé et l’environnement ne sont pas les mêmes.
Dans l’EPN, l’espace est très organisé avec des horaires d’ouverture stricte, des plages réservées selon les publics. La structure mène une véritable réflexions sur le service rendu.
Dans les téléboutiques, les heures d’ouverture sont larges. Il n’y a pas de règles d’utilisation ni de projet éducatif ; il s’agit d’une offre commerciale sèche sans personnel chargé d’animation ou d’initiation. Seule la maintenance est prise en charge. En fait, l’offre Internet proposée est une suite logique à l’offre de téléphonie préexistante : il n’y a pas volonté de formation aux outils, il s’agit d’une offre commerçante.
Depuis peu, dans ce cadre, se multiplient les offres de traduction, aides aux services administratifs, assistance à l’écriture, etc. dans des boutiques s’installant à proximité de ces téléboutiques. C’est le tissu commercial qui créé cette proximité de ces deux types de commerce et non le souci d’assistance.
Mis en ligne le mercredi 29 octobre 2003
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- Décryptage de la journée "Education populaire et TIC" organisée le 15 juin 2006 à Lille par les ROUMICS
- Accès public à Internet-comment accueillir les publics et animer les lieux ?
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