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Les nouveaux médias : des jeunes libérés ou abandonnés ?


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Un rapport sur les pratiques numériques des jeunes vient d’être rendu par le sénateur David Assouline. Il dresse un tableau de la "révolution numérique" qui touche en priorité les enfants et les jeunes et préconise des mesures pour l’accompagner.

Premier constat, la révolution numérique est en marche et les jeunes en sont le fer de lance. Un jeune sur trois a un blog, plus d’un sur deux se sert régulièrement d’une messagerie instantanée, 70 % jouent sur l’ordinateur et plus de 90 % d’entre eux naviguent sur Internet et sont propriétaires d’un téléphone mobile. Tout se passe en fait comme si les nouveaux médias avaient été inventés pour la jeune génération.

Deuxième constat, les nouveaux médias sont une chance pour la jeunesse. Outils de socialisation, catalyseurs de compétences, diffuseurs de culture, source de créativité, support pédagogique efficace, autant de vertus qu’on peut leur accorder et qui sont à l’origine de leur succès.

Pourtant, et c’est le troisième constat, ces bienfaits s’accompagnent de risques, souvent surestimés, parfois réels, qui pèsent sur l’épanouissement des jeunes. L’intimité est souvent mise en péril, les risques sur la santé ne peuvent être totalement ignorés, l’éclatement médiatique est patent et laisse planer la menace de la désinformation, et enfin la violence des images véhiculée a un impact sur les comportements qui ne peut être minimisé.

Ainsi, alors que les jeunes jouissent d’une réelle liberté grâce à leur maîtrise des nouvelles technologies, l’absence frappante de la famille et de l’école peut aussi donner l’impression qu’ils sont abandonnés, sans repères, dans un monde multimédiatique omniprésent. Outre des propositions visant à faire évoluer les pratiques scolaires, le rapport d’information affirme que c’est l’ensemble de la société, famille, institutions et médias qui doit accompagner les pratiques des plus jeunes. Comment renforcer la maîtrise des contenus ? Qui sera responsable de l’éducation aux médias ? Faut-il en faire une matière obligatoire à l’école ? Quel doit être le rôle des médias eux-mêmes ? Ce rapport propose quelques réponses.


Les 15 principales propositions du rapport :

- Définir juridiquement le statut des données personnelles mises en ligne sur les sites de réseaux sociaux, notamment en cas de désabonnement
- Réglementer l’usage de la « webcam » sur les messageries instantanées
- Renforcer les messages de prévention sur les plateformes de blogs et les sites communautaires
- Lancer une étude de grande ampleur relative à l’impact de la publicité sur la jeunesse
- Créer un organe de corégulation « enfance et médias » compétent pour assurer la protection de l’enfance sur l’ensemble des médias
- Délivrer un label de qualité aux logiciels de contrôle parental
- Renforcer la coopération internationale sur la constitution des listes noires de sites interdits
- Conforter l’action du Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (CLEMI) en stabilisant ses moyens
- Renforcer le rôle des professeurs documentalistes
- Mettre en place un module de 10 heures annuelles d’éducation aux médias en quatrième et en seconde
- Utiliser les nouveaux médias de manière prioritaire comme support pédagogique dans les cours d’éducation civique
- Recentrer le B2i sur l’usage des nouveaux médias
- Renforcer les obligations des chaînes publiques en matière de programmation d’émissions de décryptage des médias
- Imposer aux chaînes de télévision de préciser les sources de leurs images dans les journaux et magazines d’information
- Instaurer une signalétique positive pour les programmes jeunesse


L’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) a été auditionné pour ce rapport, en la personne de Jean-Claude RICHEZ, responsable de l’unité recherche, études et formation de l’Institut.

M. Jean-Claude Richez a tout d’abord noté que l’appropriation de l’outil Internet se fait à 58 % dans les familles, le plus souvent de façon individuelle, l’école ne pesant que pour 10 %. Il a remarqué que cet état de fait était la manifestation de la faible interaction entre le monde des jeunes et l’école, alors que les jeunes ont une attente en matière d’accompagnement éducatif aux médias. Cette absence renforce les logiques d’éducation par les pairs, déjà très fortes dans le domaine des médias. Les technologies de l’information bouleversent les modes de socialisation et de transmission, et constitue le lieu privilégié de l’éducation informelle.

Il regrette par conséquent que rien ne soit prévu dans les équipements de proximité pour les 11-15 ans pour mettre à disposition Internet avec l’accompagnement d’adultes ne relevant ni de l’école, ni de la sphère familiale. Il a estimé que l’impératif était de partir des pratiques et de l’expérience des jeunes et qu’il serait utile que l’État reconnaisse davantage la qualification de personnes ressources, tels que les éducateurs et animateurs professionnels de jeunesse. Il a noté que l’éducation non formelle était mieux valorisée dans d’autres pays et qu’elle permettait de transmettre des valeurs et des connaissances dans des domaines où l’école intervient peu.

Il a néanmoins rappelé la nécessité que l’école s’intéresse aux nouveaux médias et estimé que chacun des professeurs, dans sa discipline, devait tenter de les intégrer dans ses pratiques éducatives. Il a regretté que les nouvelles technologies soient simplement utilisées comme instrument de la pédagogie traditionnelle, et que leur nouveauté et leur spécificité soient insuffisamment prises en compte. Par exemple, en termes d’utilisation des blogs, la France est en retard. Ce qui est valorisé dans les blogs, c’est la mise en scène de soi. On pourrait très bien intégrer dans l’évaluation des jeunes la maîtrise de l’outil.

Il a en outre déploré que les politiques d’« information jeunesse » soient aujourd’hui davantage dans des logiques de diffusion sans que l’on pose au préalable la question de l’appropriation par les jeunes de l’information et de ses modalités dans lesquelles internet joue un rôle prépondérant et pose comme question centrale celle de l’accompagnement comme l’ont montré un certain nombre de recherches menées récemment par l’INJEP.

Sur la question de l’éducation informelle, M. Jean-Claude Richez a ajouté qu’il fallait investir beaucoup plus les lieux publics et les équipements de proximité (centres sociaux, maisons des jeunes et de la culture, maisons de quartiers, maisons pour tous, espaces jeunes, …). Les pays, comme la Finlande, où l’on fait une plus grande place à l’éducation non formelle ont des résultats supérieurs à la France en matière de compréhension des nouveaux médias.


Le sommaire et l’intégralité du rapport sont consultables sur www.senat.fr/noticerap/2008/r08-046-notice.html.

Voir aussi le blog de travail de la commission : http://blogs.senat.fr/mediasjeunesse.


Mis en ligne le jeudi 20 novembre 2008



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