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Le questionnaire « Internet de rue » a été mis en ligne de mi-décembre 2006 au 30 mars 2007. GénérationCyb s’en est fait l’écho (voir notre article Enquête auprès des EPN) et peut-être y avez-vous répondu. Au total, 118 animateurs travaillant dans des espaces publics multimédia (plutôt de petite taille, comprenant 1 ou 2 animateurs) y ont répondu, une trentaine d’entre eux apportant des pistes d’une réflexion approfondie.
Le questionnaire est clos, mais toujours accessible à www.123interview.com.
Voici les résultats complets de cette enquête en fichier à télécharger.
Les Espaces ayant répondu à cette enquête sont majoritairement des espaces accueillant un public très défavorisé, qui constituaient la population visée par le questionnaire.
Les espaces qui ont répondu rencontrent un public très majoritairement hors de tout emploi stable, avec une sur-représentation de jeunes et de jeunes adultes, plus intéressés que les aînés à l’informatique. On notera avec intérêt l’importance relative des 25 / 50 ans, qui tranche avec d’autres statistiques mettant en avant la place prépondérante des 15 / 25 ans.
La formation des personnes accueillis dans ces espaces aurait tendance à être faible (mais il faut se méfier de la sur-représentation de jeunes dont certains n’ont sans doute pas fini leur cursus de formation). Par contre, le chiffre de personnes illettrées (presque 20 %) semble lui être un marqueur intéressant de la précarité rencontrée.
Même si certains espaces signalent des succès, il est évident que les attentes de ces publics dépassent de très loin ce qu’un espace public numérique seul peut offrir. Comme l’exprime une personne : « nous les aidons à mieux utiliser l’outil informatique, au cas par cas (mise en forme des CV, aide pour remplir les formulaires, aide à la recherche,…), mais nous ne pouvons pas nous substituer à d’autres organismes ». Ces formations sont possibles, mais « l’accès à l’informatique ne règle bien sûr pas les problèmes de misère sociale et souvent de souffrance psychologique des publics les plus en difficulté. Ce n’est pas non plus le passeport pour retrouver un emploi que ces personnes associent souvent à l’informatique », ce qui conduit à renvoyer ces personnes vers d’autres organismes.
Mais quelque soient les difficultés (temps, moyens, formation, financements) auxquels font face les animateurs d’espaces, ils ne manquent pas d’engagement citoyen : « nous ne souhaitons pas faire de distinction, nous tentons de répondre au mieux à tous les types de sollicitations. Nous traitons d’égal à égal tous les usagers en espérant ainsi faciliter leur intégration ».
Sur la façon dont les animateurs répondent à ces attentes, on sent bien que le cadre institutionnel a pour certains son importance : « nous sommes soumis à des contraintes strictes pour ne pas sortir de notre domaine de compétence ». Néanmoins, chacun fait comme il peut suivant son réseau de relations : « on s’adapte et on cherche des relais sur le quartier ou en dehors », « j’essaie de me documenter avant de répondre ». Certaines structures (5 en parlent explicitement) ont soit une personne chargée de l’insertion ou de la lutte contre les exclusions dans leur structure, soit un réseau établi de partenariats.
« Pensez-vous que votre espace ait les ressources pour répondre aux attentes de ce public très
défavorisé ? »
La réponse est un « oui » mitigé. Sur les 30 commentaires, 8 font explicitement
référence à la mission de leur espace qui est de prendre en compte ces publics.
« C’est aussi une des missions prioritaires d’un EPN. Donc, nous faisons ce que nous pouvons pour
aider ce public. » - « Car il est au coeur d’une ZUS avec un coût d’accueil très faible ».
Mais le manque de formation, de personnel (et donc de temps), de soutien institutionnel et de
moyens matériels revient très souvent. Une personne écrit même « il [l’espace] est arrivé à
saturation en terme d’accueil, il faudrait faire d’autres lieux ressources comme celui-là ». Certains
envisagent (ou ont pu mettre en place) des partenariats, par exemple avec l’ANPE ou d’autres
services.
« Pensez-vous que cet accueil doit être ajouté parmi les objectifs de votre espace ? »
Sur les 25
commentaires laissés, 10 font explicitement référence à des moyens humains (recrutement, temps
disponible) et 7 à des moyens matériels supplémentaires (matériel, agrandissement des locaux,
financements). Dans ces mêmes commentaires et dans d’autres, on retrouve aussi une attente pour
les partenariats et la formation : « développer des ateliers avec des partenaires sociaux, former des
relais qui pourront assumer cette mission dans notre espace ou leur structure, avant que chacun
puisse participer aux atelier programmés sur l’espace. Travailler sur des projets en partenariat et
sur la durée, où l’espace garde sa spécificité ». « Il nous faudrait prendre le temps de recueillir des
informations précises, de faire un travail sur le terrain de tout ce qui existe comme service d’aide
dans le quartier : contact avec les assistantes sociales que nous avons rencontrées au préalable,
contact de structures compétentes pour le logement. »
Il faudrait « du temps pour que les
animateurs ou chargés de projet puissent accompagner de façon plus systématique le passage entre
différents lieux, analyser leur pratique, renforcer les mises en réseau, capitaliser les activités
menées, travailler sur la diffusion de bonnes pratiques. » « Des financement de fonctionnement
pourraient permettre au sein d’EPN professionnalisants de recevoir en toute banalisation des
personnes très précaires, attentives à découvrir et à se familiariser à des usages favorisant leur besoin d’émancipation. »
Cette enquête éclaire tout-à-fait des résultats déjà obtenus par Artesi ou par le réseau d’espaces numériques brestois. Il corrobore aussi ce que le mouvement Atd Quart Monde a pu observer à travers le projet Internet de rue.
Les personnes très défavorisées sont des citoyens comme d’autres, qui s’intéressent et désirent utiliser les le numérique et Internet. Les usages qu’ils en font sont liés à leurs intérêts et à leurs préoccupations.
Bien évidemment, la situation même de ces personnes, leur précarité, demande un investissement humain important allant dans le sens de la (re)création du lien social. Les difficultés auxquelles personnes font face sont souvent d’un autre ordre que celui du seul apprentissage de l’informatique et de l’usage de l’Internet.
Cela suppose, que ce soit dans les territoires où les espaces numériques font office de « bouée sauvetage social » ou bien dans ceux où le maillage en institutions à vocation sociale est fort, réseautage se mette en place où les personnes les plus défavorisées soient au centre des échanges, que se mettent en place des partenariats pour permettre aux personnes concernées de progresser.
Cela suppose aussi que le rôle social de ces espaces numériques soit reconnu – et financé.
Mis en ligne le jeudi 31 mai 2007
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