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Nous sommes certains que peu à peu tous les équipements ouvriront des espaces multimédias. Il n’y a pas de mystère : partout où la volonté politique, professionnelle et administrative existe, des solutions, même imparfaites, sont trouvées, pour des accès que l’on pourrait qualifier de premier niveau. Mais comment faire naître la volonté politique, professionnelle et administrative favorable à un renouvellement des politiques de lecture publique, favorable à un usage plus libre et plus riche d‘Internet en bibliothèque ? La question est d’autant plus cruciale que le contexte risque d’être de moins en moins propice.
Les politiques prônées actuellement par l’État sont inquiétantes : diminution de crédits, volonté de voir disparaître les politiques locales en matière d‘éducation et de culture.
Des freins objectifs existent. Toutefois, les questions matérielles, celles des droits, peuvent être surmontées, par des réponses adaptées, même s’il faut beaucoup d’opiniâtreté pour y parvenir. Qu’en est-il des freins idéologiques, qui opposent un Web d’accès à l’information à un Web d’usages privés, multiples, participatifs ? Tout le monde n’est pas convaincu de l’utilité de ces développements, parce que l’image traditionnelle des bibliothèques n’a pas encore changé : la bibliothèque devrait en rester à sa vocation strictement documentaire.
De grandes bibliothèques municipales affichent ouvertement aujourd’hui cette position à travers leur charte d’accès à Internet. Des usages du Web 2.0, pas un mot, sauf pour proclamer les nombreux interdits ! Ni messagerie instantanée, ni Dailymotion, ni Youtube, ni podcasts, ni téléchargements. « Le passé a un bel avenir ! », selon Claude Poissenot. Or, dit François Bon, « le numérique est une mutation qui affecte la totalité de notre rapport au monde ». C’est irréversible.
Voudrions-nous que la bibliothèque reste en dehors de ce mouvement qui nous touche tous, usagers, non usagers, professionnels ?
On ne peut passer sous silence les inquiétudes fondées des professionnels : Internet n’est pas la panacée, car comme chacun le sait, on y trouve le pire et le meilleur. Le risque est de se calfeutrer dans une protection de bon aloi pour éviter le pire, quitte à perdre le meilleur. Mais comme au temps pas si lointain de l’imprimé dominant, les bibliothécaires ont aujourd’hui à rechercher, sans préjugés, le meilleur pour les usagers, retrouvant là un des fondamentaux de leur métier : la médiation.
Il s’agit bien d’une question d’image, à la fois celle de la bibliothèque, celle d‘Internet, dont la portée est encore minorée ou mal perçue, et peut-être aussi celle du public.
Les besoins de la population de Seine-Saint-Denis sont immenses, il est inutile d’insister. Pour cette raison, il est urgent de mettre en œuvre des développements mieux à même de rompre (ou de participer à la rupture…) la chaîne de l’échec, de l’exclusion. Internet fait partie des stratégies d’élargissement des publics.
Le renouvellement des politiques de lecture publique devrait traverser l’analyse des publics à desservir, les politiques d’acquisition et les TIC. À ce prix, mais à ce prix seulement, les bibliothèques de lecture publique ont un bel avenir.
Mis en ligne le mardi 6 janvier 2009
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