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L’encyclopédie libre Wikipedia face aux questions de crédibilité.


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Wikipédia est une encyclopie construite par les internautes. Chacun peut y créer des articles et même modifier n’importe quel article dont il n’est pas l’auteur. L’idée est sympathique, mais… ça marche ? Et ça peut donner autre chose qu’une belle foire d’empoigne incontrôlable ? Voici un bel article de Jean-Baptiste Soufron, qui tente de répondre à cette question (source http://soufron.free.fr/soufron-spip/article.php3 ?id_article=57).

L’excellent site Corante.com fait le point sur un article du Boston Globe qui s’est lancé dans une critique de l’encyclopédie libre Wikipedia sous le titre de "Wikipedia, une extraordinaire ressource, quand on peut lui faire confiance" ainsi que d’un article similaire du Post Standard, "Chercheurs, n’utilisez pas Wikipedia".

Le principal argument du Boston Globe est de mettre en avant le manque de fiabilité des articles de Wikipedia.

Ainsi que l’exprime Michael Ross, le senior vice président de l’encyclopédie Britannica, Wikipedia ne possède ni comité de rédaction, ni ligne éditoriale. Les encyclopédies traditionnelles font écrire leurs articles par des chercheurs et les font vérifier par des experts spécialement dédiés à ces taches. Evidemment, tout cela a un prix qu’une encyclopédie libre et gratuite ne peut en aucune manière assurer. Tout en admettant qu’il lit souvent Wikipedia et qu’il en tire même des idées pour les futures versions de l’encyclopédie Britannica, Michael Ross semble vouloir limiter son influence à celle d’un ingénieux gadget pour technoides, mais rien de plus.

De son côté, l’article du Post Standard est en fait une forme de droit de réponse à un précédent article plein de louanges pour Wikipedia, mais auquel la documentaliste d’un lycée de Liverpool a souhaité s’opposer. Les journalistes semblent revenir en arrière sur deux points. D’abord, ils semblent seulement réaliser que Wikipedia n’était pas l’édition en ligne d’une encyclopédie commerciale, mais que c’était un outil ouvert où n’importe quel utilisateur peut modifier les articles qui l’intéressent. Ensuite, ils découvrent parallèlement que Wikipedia n’offre pas de garantie légale quant au contenu qu’elle diffuse auprès des internautes. Ils concluent finalement que la multiplication de l’information et la trop grande ouverture de l’internet en font un outil réellement peu fiable où les informations ne sont jamais certaines.

Qu’en est-il réellement ?

Un premier indice peut être obtenu en se rendant sur la page de discussion liée sur Wikipedia puisque, dans la grande tradition de l’encyclopédie libre, la critique du Boston Globe a rapidement déclenché une réaction au sein des Wikipédiens pour savoir si les arguments des journalistes étaient pertinents et s’il était possible de réagir pour y remédier et améliorer la qualité de Wikipedia.

Ceux-ci rappellent alors immédiatement que ce n’est pas la première fois que Wikipedia essuie les critiques des milieux professionnels, mais il semblerait que celles-ci aient désormais changé de nature. Alors qu’il s’agissait autrefois de critiquer la profondeur des articles de l’encyclopédie libre, il s’agit maintenant de critiquer leur pertinence scientifique en avancant l’idée sous-jacente que seuls des experts rémunérés sont à même d’effectuer un reviewing de qualité.

Cette idée même prête sérieusement à débat alors que les modèles de développement logiciel open source sont régulièrement présentés comme garantissant une bien meilleure sécurité que les modèles propriétaires. Quelle meilleure critique peut exister, sinon celle qui est faite par des millions de lecteurs instruits et compétents. Sans même parler de ceux d’entre eux qui sont à même, de par leurs activités professionnelles, de corriger utilement un point ou l’autre d’un article.

Au demeurant, rien n’empèche un étudiant ou un simple curieux de faire des recherches quand il constate une différence entre un article de Wikipedia et un article commercial. Il pourra alors corriger l’article de Wikipedia si c’est celui-ci qui est faux, mais certainement pas celui de l’encyclopédie commerciale. Potentiellement, quel que soit son niveau de véracité actuel, Wikipedia est donc nécessairement plus intéressante que n’importe quel modèle d’encyclopédie commerciale aujourd’hui.

Des preuves ? Pour commencer, on peut invalider l’argument de la documentaliste du Post Standard qui prétend que l’encyclopédie ne peut pas assurer la perennité des informations qu’elle propose parce qu’elle laisse n’importe quel utilisateur accéder à ses données pour les modifier. Des chercheurs d’IBM, ont pourtant représenté la façon dont Wikipedia résistait au vandalisme et aux modifications sauvages ou mal-intentionnées en étudiant comment une page avait été effacée et restaurée par les wikipédiens. Ils ont découvert que, en moyenne, les pages étaient restaurées en moins de cinq minutes en sachant qu’ils n’ont pas pris en compte le fait que les pages qui étaient réparées par les wikipédiens étaient parfois modifiées et redirigées ailleurs, ce qui fait que le temps moyen de réparation est probablement encore inférieur à ce chiffre pourtant impressionant de 5 minutes.

Contrairement à ce qui est peut-être la réaction typique d’une documentaliste inquiétée par la préservation des documents, c’est justement l’ouverture de wikipedia qui assure sa perennité. Il semble clair qu’une durée moyenne d’indisponibilité de moins de 5 minutes est un résultat plus qu’impressionant.

Autre élément à apporter au débat. Edward F. Felten est le rédacteur d’un célèbre blog juridique et un expert sur le procès antitrust de Microsoft aux USA. Désireux de connaître la qualité de Wikipedia il avait commencé par vérifier la qualité d’une série d’articles en reconnaissant à chaque fois leur grande qualité, jusqu’à rencontrer l’article sur le procès de Microsoft qu’il a trouvé biaisé et de qualité moyenne. Le point était susceptible de remettre en cause la bonne opinion qu’il pouvait avoir de Wikipedia, mais Edward Felten a alors poussé son analyse un peu plus loin en allant consulter l’entrée correspondante dans d’autres encyclopédies pour découvrir qu’aucune encyclopédie commerciale en ligne ou sur papier ne proposait de meilleur article que Wikipedia. Le problème ne venait donc pas tant de Wikipedia elle-même que de la difficulté du sujet à traiter et, à la suite d’un lourd travail de recherche du consensus entre les rédacteurs de l’article, Wikipedia était finalement l’encyclopédie qui apportait la meilleure couverture du sujet.

Alors faut-il se contenter d’écarter d’un revers de main les critiques qui visent Wikipedia ?

On peut peut-être déjà se demander quel sorte d’esprit critique on espère développer chez des élèves auxquels on enseigne que la vérité et la connaissance dépendent de la marque de leur encyclopédie. En effet, si l’on poursuit les argumentations des détracteurs de Wikipedia, la qualité d’une encyclopédie serait essentiellement fonction de la véracité de ses propos, et non de sa qualité rédactionnelle - élément qui comprend aussi la qualité littéraire, le respect des opinions pluralistes, bien plus de critères que la seule véracité scientifique, par ailleurs parfaitement illusoire.

En réalité, on peut maintenant se rendre que ce qui s’apparente à la qualité scientifique d’une encyclopédie commerciale repose également sur une relation d’autorité vis-à-vis de son lecteur qui reste soigneusement tenu à l’écart de la rédaction des articles, et même de la ligne éditoriale et des procédés rédactionnels employés par l’encyclopédie. Dans ces conditions, le débat est immédiatement biaisé puisqu’il est en réalité impossible de sérieusement comparer les protocoles utiliés par l’encyclopédie libre et les autres encyclopédies dont le fonctionnement reste opaque et fermé au public. Comment parler de méthode scientifique quand on ne peut pas comparer les méthodes d’experimentation ? Impossible de ne pas en conclure que les encyclopédies commerciales essaient d’abord de miner la réputation de Wikipedia en s’appuyant sur leur autorité pour refuser d’en céder une part à l’encyclopédie libre.


Voir aussi : www.inrp.fr/vst/Dossiers/Wikipedia/sommaire.htm.

Mis en ligne le mardi 31 mai 2005



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