"Google, le moteur de recherche californien vieux d’à peine dix ans et qui s’est progressivement diversifié au point de dominer le Web apparaît aujourd’hui plus indispensable, mais aussi plus puissant et plus inquiétant que jamais", déclare Vincent Blondel, coordinateur d’un dossier passionnant sur "Google, to be or not to be" paru dans la revue papier et en ligne Louvain, accessible en bas de cet article et sur www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/adcp/documents/Louv175_part2.pdf.
"On peut, sans quitter la galaxie Google, organiser
ses photos numériques (Picasa), rechercher des données
sur son ordinateur (Google Desktop), parcourir une
bibliothèque virtuelle (Google Livres), traduire un texte
(Google Traduction), maintenir un blog (Blogspot), créer
et partager des documents (Google Documents), chercher
des images (Google Image), gérer son courrier (GMail),
gérer son agenda (Google Agenda), chercher une
adresse physique (Google Maps), lire la presse (Google
News) ou encore regarder une vidéo (YouTube). Tout cela
est offert par Google. Gratuitement", explique Vincent Blondel.
"Il faut dire que le combat pour la maîtrise du Web est
devenu inégal. Aujourd’hui, l’avantage de Google se trouve
moins dans la méthode de classement des pages web
(l’algorithme PageRank des fondateurs) que dans le formidable
réseau d’ordinateurs que Google s’est progressivement
construit à travers le monde. Une trentaine de
data-centers (dont celui en cours de construction à Saint-Ghislain, près de Mons) contiennent ensemble un réseau
d’un demi-million d’ordinateurs et font de Google la plus
grande puissance informatique du monde, tant privée
que publique".
Dans son article Nous sommes tous des profilés, Yves Poullet écrit : "Dans le cadre des applications liées à la commercialisation
des GSM de quatrième génération, Google a
annoncé sa volonté de développer des services en ligne
en lien avec la localisation des personnes. Ainsi, l’étudiant sis au coin de la rue Archimède et de la Place des
Wallons verra apparaître sur son écran la liste des évènements
commerciaux et culturels propres à cet endroit.
[…] Il s’agit de s’inquiéter du fait que les données
collectées le sont souvent à l’insu de l’internaute.
Exemple : une signature au bas d’une pétition en ligne
est indexée par Google et croisée avec d’autres bases de
données. Cela aboutit au profilage de l’utilisateur. Cette
opacité du fonctionnement des systèmes conduit à ce
que certains ont appelé un « conformisme anticipatif » : la
crainte d’être mal noté, suivi, surveillé, épié « moralise »
les comportements (on ne signe plus de pétition) et restreint
les libertés.
[…] Sans doute, dira-t-on, et c’est la cinquième réflexion, la
technologie et le consentement offrent-ils des moyens
de lutte contre ces big brothers. Quoique. Certes, les
filtres existent. Mais encore faut-il que chacun y ait accès
et que les autorités publiques entendent les promouvoir,
voire les imposer. Ce qui est difficile, dans la mesure où
leur utilisation met à mal le profil des entreprises qui
traitent les données et ruine l’économie même de
l’Internet fondée sur la publicité."
SOMMAIRE DU DOSSIER
Exister, c’est être « googleable »
L’omniprésence de Google est telle qu’on ne parle plus de chercher
sur le Web, mais de « googler ». Google a le pouvoir de faire naître,
exister, ou disparaître, constate Vincent Blondel.
Google Books, une bibliothèque
universelle ?
En Belgique, Google et l’Université de Gand sont partenaires.
Pour la bibliothécaire en chef, cette audience mondiale est une
chance. Cela n’empêche pas les questions, notamment du directeur
de la Bibliothèque royale de Belgique.
Nous sommes tous des profilés
Google serait-il devenu le big brother du 21e siècle ? Le moteur de
recherche génère des applications qui font frémir les avocats de
la protection de la vie privée.
Le Web a changé les règles du jeu
Pour Erik Portier, directeur de Google Belgium, Internet, et en
particulier les moteurs de recherche, ont changé les règles de
l’économie.
Google Earth, mappemonde virtuelle
D’un simple clic, Google Earth permet d’errer à l’envi sur la planète.
Pour la géographe Isabelle Thomas, il constitue une révolution
technique mais génère aussi des peurs.
Quelle liberté d’expression ?
Google invite au dialogue et… à la vigilance.
Pierre-François Docquir, juriste, analyse la question autour de
termes tels que censure, droit d’auteur ou transparence.
En prime, un débat à écouter sur www.uclouvain.be/240416.html sur le thème "Que fait Google de notre vie privée ?".
Ce débat est animé par Vincent Blondel, avec :
Brice Le Blévennec, entrepreneur.
"Il suffit d’un clic pour effacer ce petit cookie dans votre ordinateur et c’est fini Google ne sait plus rien."
Yves Poullet, juriste.
"L’image du big brother est extrêmement intéressante : vous avez une personne qui connait l’autre et […] qui va prendre des décisions : envoyer de la publicité, afficher tel ou tel prix,…"
Yves Thiran, journaliste.
"Le plus inquiétant aujourd’hui par rapport à Google, grâce à l’intelligence de ceux qui ont en main ce monopole, c’est qu’on ne s’en inquiète sans doute pas assez."
Philippe Van Parijs, professeur.
"Si on est vu par beaucoup plus de personnes, cela peut nous conduire à nous comporter mieux que s’ils ont est vu que par certains."
Mis en ligne le mercredi 29 avril 2009