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à la découverte d’un endroit clos
Un chantier
Je le sens, ce matin au lever déjà, s’éloigner le plus d’un je ne sais quoi de si lourd à porter.
Courir. Courir le plus loin possible, tout en sachant qu’il faudra bien revenir. Courir le plus vite possible. Vider un esprit tant chargé si tôt le matin.
Alors au sortir du jardin, tourner à droite, tourner à gauche, la tête n’est pas là pour en décider, les jambes le feront. Capitaine d’un navire qui a perdu la raison.
Chercher l’oubli dans les détours des petits chemins et puis tout à coup ces nouveaux panneaux de bois, joliment tagués qui mis bout à bout, d’un talus à l’autre, mettent une séparation entre l’arrière et la vie courante de mon côté. C’est un murmure quasi imperceptible, indéfinissable, qui m’interpelle. Les jambes m’arrêtent alors, un panneau glisse sans bruit derrière les autres, je suis happée. S’offre alors à mon regard un chantier tel qu’on peut l’imaginer, une terre tourmentée de creux, de monticules, de roches, des bouts de bois abandonnés partout, à gauche une brouette renversée sur son flan, derrière pelle et pioche ayant déjà beaucoup oeuvré et au centre de ce capharnaüm un montage de planches de bois rouge, un bois exotique, les unes par-dessus les autres, avec à chaque fois un décalage d’une parfaite harmonie. L’ensemble fait penser à un cocon, un être bâti, oui un être vivant qui capte et étale au sol autour de lui l’énergie puisée à la cime d’un chêne qui traverse en son milieu cet étrange assemblage. A un endroit ce cocon pousse un tentacule, comme une énorme racine dont les formes sont épousées des mêmes planches de bois rouge, vers un ruisseau pour en capturer la voix et la fait murmurer en son ventre dans lequel j’ose pénétrer par l’ouverture provoquée par ce tentacule : chaleur, rondeur, complicité intérieure, murmures incompréhensibles, silence ouaté.
Je ressors, fait le tour.
Cette construction semble avoir été conçue en fonction du lieu avec lequel elle fait corps puis a été adaptée sur place. La façon dont elle a été implantée, pensée et réalisée fut certainement aussi importante que la construction elle-même.
Tout à coup, comme une inspiration, un souffle puissant me projette hors de ce lieu. Me voici de nouveau sur le chemin. Le panneau finit de se refermer.
Un choc.
marie-lise
Les pierres n’ont pas d’enfant
Sam Pitanche, dit Pierrot, habite un village des Monts d’Arrée dont le nom est Botmeur. Il a près de 70 ans et il boîte de la jambe gauche, lorsqu’il était plus jeune une roue de tracteur lui a écrasé le genou. Pourtant, chaque matin il parcourt 15km dans la lande de sa petite maison jusqu’au Roc Trévezel, découvrant chaque jour un paysage breton différent marqué par la nature désertique presque lunaire. Mais c’est un but qu’il s’est donné le jour de son départ en retraite d’agriculteur, de jouir de cette terre qu’il a tant travaillé, mais si peu profité.
Il fait inlassablement le même parcours depuis 10 ans et ne se lasse pas de faire une halte au sommet de la montagne St Michel de Braspart pour reprendre son souffle.
A cet endroit précis, assis au pied du calvaire il respire ce point de vue dominant jusqu’à la centrale nucléaire de Brénilis. Et chaque jour il entend une voix qui lui souffle à l’oreille : - Et toi dis moi… Pourquoi les pierres n’ont pas d’enfant ?
Surpris à chaque fois, il tend l’oreille et demande… - Qui es-tu toi qui me pose chaque jour cette question idiote ?
Pierrot s’exécuta et se concentra sur cette situation irréelle, mais bien vivante.
La pierre reprit la parole : - Cette pierre bretonne sur laquelle tu as posé ton postérieur vit ici depuis 60 ans, c’est du granit extrait des Monts d’Arrée que tu vois au loin, elle a
été arraché à sa famille qui vivait en harmonie depuis des millénaires. Je me nomme Pierrade.
Histoire de mer…
Mon histoire se déroille dans un petit village de Bretagne, près du Conquet dans le nord Finistère. Ici la mer règne, la rade de Brest s’étend jusqu’à la mer d’Iroise, mariage de l’atlantique et de la manche Au loin dans la brume on devine le fort de Bertheaume qui s’avance dans l’océan. Du haut du moulin de Trégana chacun domine le monde, au loin s’étend la pointe du raz, plus près ce sont les tas de pois et Camaret qui s’éveille d’une nuit humide.
Le climat ici est variable, dans une journée on peut croiser les 4 saisons, l’influence de l’univers marin est propice au changement, jouant même sur le moral des habitants légèrement dépressifs. Il ne fait jamais très chaud, les bains de mer sont vivifiants, on n’y reste jamais longtemps. Un peu comme si l’océan ne se contentait pas de la rencontre avec l’humain, simplement couché sur une serviette de bain.
Elle aime qu’on la découvre, que l’on pêche dans ses rochers les étrilles et les crabes, ou que l’on se contente de quelques berniques. Nous ne sommes pas ici comme sur la côte d’Azur, où la mer sert à faire trempette ou à voguer sur l’onde à la barre d’un yacht de plusieurs millions d’euros.
La mer d’Iroise se veut mer d’aventures et de rencontres extraordinaires on est déjà dans l’univers de Jules Verne et de son capitaine Némo.
Lou Agil Avril 2005
Mis en ligne le lundi 16 octobre 2006
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