generationcyb.net pointcyb lien vers les points cyb
Inscription à la lettre d'information | Fil infos rss 
Accueil > Education populaire et TIC > Accès aux savoirs

Encres, émois (I)

Textes d’un atelier d’écriture de la maison pour tous du Valy-Hir, à Brest

Version imprimable Version imprimable


Dans l’article Jean-Paul COSME, médiateur du livre… avec l’ordinateur, nous vous avions promis de publier sur GénérationCyb des textes issus d’ateliers d’écritures menés par Jean-Paul et ses collègues dans différents coins de Brest. Six mois plus tard, nous tenons promesse ! Voici des premiers textes qui seront suivis par d’autres, tant que le vent soufflera et que notre scanner marchera !

à la découverte d’un endroit clos
Un chantier

Je le sens, ce matin au lever déjà, s’éloigner le plus d’un je ne sais quoi de si lourd à porter.

Courir. Courir le plus loin possible, tout en sachant qu’il faudra bien revenir. Courir le plus vite possible. Vider un esprit tant chargé si tôt le matin.

Alors au sortir du jardin, tourner à droite, tourner à gauche, la tête n’est pas là pour en décider, les jambes le feront. Capitaine d’un navire qui a perdu la raison.

Chercher l’oubli dans les détours des petits chemins et puis tout à coup ces nouveaux panneaux de bois, joliment tagués qui mis bout à bout, d’un talus à l’autre, mettent une séparation entre l’arrière et la vie courante de mon côté. C’est un murmure quasi imperceptible, indéfinissable, qui m’interpelle. Les jambes m’arrêtent alors, un panneau glisse sans bruit derrière les autres, je suis happée. S’offre alors à mon regard un chantier tel qu’on peut l’imaginer, une terre tourmentée de creux, de monticules, de roches, des bouts de bois abandonnés partout, à gauche une brouette renversée sur son flan, derrière pelle et pioche ayant déjà beaucoup oeuvré et au centre de ce capharnaüm un montage de planches de bois rouge, un bois exotique, les unes par-dessus les autres, avec à chaque fois un décalage d’une parfaite harmonie. L’ensemble fait penser à un cocon, un être bâti, oui un être vivant qui capte et étale au sol autour de lui l’énergie puisée à la cime d’un chêne qui traverse en son milieu cet étrange assemblage. A un endroit ce cocon pousse un tentacule, comme une énorme racine dont les formes sont épousées des mêmes planches de bois rouge, vers un ruisseau pour en capturer la voix et la fait murmurer en son ventre dans lequel j’ose pénétrer par l’ouverture provoquée par ce tentacule : chaleur, rondeur, complicité intérieure, murmures incompréhensibles, silence ouaté.

Je ressors, fait le tour.

Cette construction semble avoir été conçue en fonction du lieu avec lequel elle fait corps puis a été adaptée sur place. La façon dont elle a été implantée, pensée et réalisée fut certainement aussi importante que la construction elle-même.

Tout à coup, comme une inspiration, un souffle puissant me projette hors de ce lieu. Me voici de nouveau sur le chemin. Le panneau finit de se refermer.

Un choc.

marie-lise


Les pierres n’ont pas d’enfant

Sam Pitanche, dit Pierrot, habite un village des Monts d’Arrée dont le nom est Botmeur. Il a près de 70 ans et il boîte de la jambe gauche, lorsqu’il était plus jeune une roue de tracteur lui a écrasé le genou. Pourtant, chaque matin il parcourt 15km dans la lande de sa petite maison jusqu’au Roc Trévezel, découvrant chaque jour un paysage breton différent marqué par la nature désertique presque lunaire. Mais c’est un but qu’il s’est donné le jour de son départ en retraite d’agriculteur, de jouir de cette terre qu’il a tant travaillé, mais si peu profité.

Il fait inlassablement le même parcours depuis 10 ans et ne se lasse pas de faire une halte au sommet de la montagne St Michel de Braspart pour reprendre son souffle.

A cet endroit précis, assis au pied du calvaire il respire ce point de vue dominant jusqu’à la centrale nucléaire de Brénilis. Et chaque jour il entend une voix qui lui souffle à l’oreille : - Et toi dis moi… Pourquoi les pierres n’ont pas d’enfant ?

Surpris à chaque fois, il tend l’oreille et demande… - Qui es-tu toi qui me pose chaque jour cette question idiote ?

  •  Idiote … d’abord je te prie de t’asseoir correctement sur la pierre où tu as posé tes fesses, car tu étouffes ma voix avec ton poids, pose tes pieds sur le sol pour me soulager et écoute ce que j’ai à te dire…

    Pierrot s’exécuta et se concentra sur cette situation irréelle, mais bien vivante.

    La pierre reprit la parole : - Cette pierre bretonne sur laquelle tu as posé ton postérieur vit ici depuis 60 ans, c’est du granit extrait des Monts d’Arrée que tu vois au loin, elle a

    été arraché à sa famille qui vivait en harmonie depuis des millénaires. Je me nomme Pierrade.

  •  Pourquoi les pierres n’ont pas d’enfant, entendit-il à nouveau ? C’était comme une plainte, une blessure, un cri d’impuissance de ne pouvoir rejoindre les siens à jamais. Un peu comme si cette séparation l’avait arraché à son destin de pierre et de n’avoir pu mettre au monde de belles petites pierrettes, comme le font celles qui sont restées là-bas dans les Monts d’Arrée.
  •  Tu te nommes Pierrot n’est-ce pas ? Écoute, Pierrot… je vais te faire une confidence… on se connaît bien depuis tout ce temps, mais… peu importe le temps…
  •  Ton nom raisonne dans mon âme de pierre chaque matin lorsque tu t’assoies sur moi pour reprendre ton souffle. C’est une rencontre promise depuis toujours par les légendes bretonnes vivant sur la lande d’ici qui me permet d’entrer en toi comme sur un chemin intérieur. C’est l’union de la matière et de l’humain qui ouvre une brèche dans l’univers pour te faire entendre le chant des choses incroyables. C’est comme un bouquet de roses rouges qui remplit ton être à chaque rendez-vous d’une joie absolue dans ce qui naît.

    Histoire de mer…

    Mon histoire se déroille dans un petit village de Bretagne, près du Conquet dans le nord Finistère. Ici la mer règne, la rade de Brest s’étend jusqu’à la mer d’Iroise, mariage de l’atlantique et de la manche Au loin dans la brume on devine le fort de Bertheaume qui s’avance dans l’océan. Du haut du moulin de Trégana chacun domine le monde, au loin s’étend la pointe du raz, plus près ce sont les tas de pois et Camaret qui s’éveille d’une nuit humide.

    Le climat ici est variable, dans une journée on peut croiser les 4 saisons, l’influence de l’univers marin est propice au changement, jouant même sur le moral des habitants légèrement dépressifs. Il ne fait jamais très chaud, les bains de mer sont vivifiants, on n’y reste jamais longtemps. Un peu comme si l’océan ne se contentait pas de la rencontre avec l’humain, simplement couché sur une serviette de bain.

    Elle aime qu’on la découvre, que l’on pêche dans ses rochers les étrilles et les crabes, ou que l’on se contente de quelques berniques. Nous ne sommes pas ici comme sur la côte d’Azur, où la mer sert à faire trempette ou à voguer sur l’onde à la barre d’un yacht de plusieurs millions d’euros.

    La mer d’Iroise se veut mer d’aventures et de rencontres extraordinaires on est déjà dans l’univers de Jules Verne et de son capitaine Némo.

    Lou Agil Avril 2005


    Mis en ligne le lundi 16 octobre 2006



    Répondre à cet article

  • Contact | Plan du site | Espace privé
    Dernier ajout : samedi 2 août 2008 | 746 articles sur ce site.
    XHTML 1.0 | CSS 2 | RSS

    Generationcyb.net est motorisé par Spip 1.9.2c associé à un squelette graphique Rizom
    Sauf indication, les articles sont mis à disposition sous un contrat Creative Commons
    Ministère de la santé, de jeunesse et des sports Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire Information jeunesse Centre d'information et de documentation jeunesse