L’Institut universitaire de formation des maîtres d’Aquitaine vient de publier sur www.aquitaine.iufm.fr/recherche/esquisse/pdf/esquisse50.pdf un numéro de la revue Esquisse consacré à l’éducation à l’information.
La contribution d’Anne Lehmans, de l’IUFM d’Aquitaine, est particulièrement intéressante et accessible. Elle est consacrée à l’ « information literacy », que les francophones traduisent par « alphabétisme informationnel », « culture de l’information », « intelligence informationnelle », « formation à l’information ». Cette notion dont l’UNESCO veut faire un nouveau droit de l’homme « est sous-tendue par une conception humaniste et universaliste du droit à l’éducation qui va au-delà du lire et écrire pour suivre les évolutions d’une société dans laquelle l’information est devenue source de pouvoir, sans préjuger du degré d’expertise de son détenteur ».
Qu’entend-on par « culture de l’information » ?
Anne Lehmans relève une première conception « utilitaire » qui consiste à assurer des capacités
informationnelles comme moyen d’intégration dans la société de l’information. Il s’agit de rendre la personne autonome dans ses capacités à recueillir et analyser l’information. Cette conception – qui, avec Internet, rend caduque une éducation uniquement fondée sur un enseignement magistral pour mettre au premier plan une éducation destinée à former l’individu tout au long de la vie – se décompose en plusieurs piliers :
la capacité à reconnaître un besoin d’information
la capacité à analyser les manques d’information
la capacité à construire des stratégies pour localiser l’information
la capacité à localiser et accéder à l’information
la capacité à comparer et évaluer l’information
la capacité à organiser, utiliser et communiquer l’information
la capacité à synthétiser et créer l’information
« Dans les pays anglo-saxons, explique Anne Lehmans, le concept d’information literacy pointe l’accès à l’information comme élément essentiel de la formation de l’individu, placé (presque) sur le même plan que la lecture : le système scolaire doit apprendre aux individus à lire, à écrire et à compter, à vivre en société, mais également à manier l’information omniprésente, moyen de participation à la vie collective, source de savoir et de pouvoir. Au même titre que l’illettrisme, l’incapacité à s’informer devient un handicap. »
Cette conception utilitaire de la culture de l’information peut être critiquée : « d’un point de vue idéologique, elle assigne des finalités utilitaires au système éducatif (faire des individus adaptables et adaptés au système économique libéral), d’un point de vue pédagogique, elle survalorise les savoir-faire au détriment des contenus théoriques. D’un point de vue politique, les compétences informationnelles sont devenues incontournables pour la participation des citoyens à la démocratie ».
Une seconde conception de la culture de l’information est ensuite présentée, stratégique et non plus utilitaire, qui considère « les capacités informationnelles comme moyen d’accès à l’espace public dans la démocratie ».
« Dans l’agora contemporaine, il faut savoir, dans une lecture solitaire, chercher et utiliser l’information en dehors des communautés et des élites traditionnelles pour participer à la décision collective ». Le seul accès à l’information est loin d’être suffisant pour cela. Il est vital de prendre en considération les pratiques politiques et sociales et de connaître les conditions économiques de production de l’information pour prendre du recul par rapport à celle-ci, pour aller au-delà de la surface des discours et en comprendre les enjeux idéologiques. Certains estiment même que pour accéder à cette éducation critique, il faut permettre aux apprenants de devenir des producteurs d’information.
Cela pose la question de savoir quels acteurs sont légitimes et capables d’apporter tout cela.
« Il est donc important que les institutions, en premier lieu l’école, fassent de l’apprentissage du maniement de l’information une compétence transversale majeure pour le fonctionnement de la démocratie, rejoignant des intuitions de certains pédagoques comme Célestin Freinet », poursuit Anne Lehmens.
La fin de la contribution est consacrée à une analyse tout aussi fine de la mise en oeuvre de la « culture de l’information » au sein des collèges, lyces et universités en France, et des politiques programmées et à venir. Pour Anne Lehmens, l’espoir dans ce domaine viendrait davantage du monde de la recherche pédagogique et en sciences de l’information que de l’Education nationale elle-même.
Ces réflexions, si elles sont assez révolutionnaires, ne sont pas tout à fait nouvelles. GénérationCyb s’est déjà fait l’écho de réflexions similaires menées en particulier par le milieu de l’Information scientifique et technique [1]. Mais on se réjouit qu’elles fassent peu à peu leur chemin.
Sommaire complet du numéro :
(attention ! Ce sont des chercheurs qui écrivent. N’ayez pas peur des "paradigmes", "disciplinarisation", "didactisation", etc.)
Rapport à l’information et connaissance partagée (Franc Morandi)
Information Literacy : un lien entre information, éducation et démocratie (Anne Lehmans)
Information and knowledge literacy (Eric Delamotte)
Perspectives sur l’éducation à l’information (Paulette Bernhard)
De l’utilisation des documents à l’école aux apprentissages documentaires : une mise en perspective historique (Sophie Robert)
De la recherche documentaire à la maîtrise de l’information :
vingt ans de pratiques dans l’enseignement secondaire (Claude Morizio)
La formation à la recherche d’information : préoccupation citoyenne ou vision obsolète ? (Hubert Fondin)
L’éducation à l’information-documentation en contexte scolaire :
quelle dynamique des pratiques (Yolande Maury)
Approche des pratiques informelles des jeunes avec internet en matière de recherche d’information (Nathalie Guilhermond, Vincent Liquète)
L’enseignant de lycée et son besoin d’information :
de la connaissance au savoir, vers la définition d’un
besoin spécifique (Vincent Sarméjeanne)
Eduquer à l’information-documentation à l’université :
quelle place pour le développement d’une culture
informationnelle (Jean-François Courtecuisse)
La formation à la maîtrise de l’information au coeur du paradigme informationnel : étude de cas dans le premier cycle universitaire
(Christel Candalot dit Casaurang)
Disciplinarisation et didactisation de l’information-documentation
(Muriel Frisch)
Peut-on parler d’une formation à l’information documentaire de la
« maternelle à l’université » ? (Jean-Louis Charbonnier)
Quels savoirs de référence didactiser pour la formation des élèves à la maîtrise de l’information ? (Yves-François Le Coadic)
La formation à l’information dans l’enseignement agricole :
état des lieux et perspectives (Cécile Gardies).
[1] Voir par exemple Education à l’information : une tête bien pleine ou une tête bien faite ?.
Mis en ligne le jeudi 11 septembre 2008
Etonnant que vous déclariez comme nouveauté en seprembre 2008 un document qui est daté de Janvier 2007 et dont la version PDF est datée de Février 2008. Y a-t-il une raison ?
Bruno Devauchelle
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