generationcyb.net pointcyb lien vers les points cyb
Inscription à la lettre d'information | Fil infos rss 

 

Accueil > Web pédagogique et citoyen > Fossé numérique

Cours d’informatique dans les Appalaches

Mon EPN… à l’autre bout du monde. Un témoignage ATD-Quart Monde

Version imprimable Version imprimable



Les Appalaches, c’est loin de la France. Mais ce que fait apparaître cet article des motivations d’usagers d’un EPN et de la façon de construire avec eux un projet de formation et de création multimédia est universel…



Des cours pour débutants

Le cours a lieu deux fois par semaine pendant huit à dix semaines. Chaque séance dure une heure et demie. Habituellement il y en a une le matin et une le soir. A la fin d’un cycle, j’attends un mois et j’en démarre un autre. En tout, environ cent personnes ont suivi un cycle entier et environ cinquante autres ont abandonné en cours de route. Je ne pointe pas les présences et ne fais pas passer d’examens, mais je donne un certificat mentionnant les sujets traités. La plupart du temps, chaque personne est devant son ordinateur (parfois deux par ordinateur). Il n’y a pas de livres, trop chers. Je prépare donc des notes et des photocopies pour lesquelles je demande une participation aux frais de deux dollars. Nombre de gens se présentent grâce à des amis qui sont déjà venus.

La première fois qu’ils sont devant un ordinateur, beaucoup confient : « J’ai peur de le casser », de le « déchirer » comme ils disent ici. C’est pourquoi j’essaie de maintenir une ambiance détendue tout en étant studieuse. Le contenu des cours est présenté sur une affiche murale [1].

Je veux que tout le monde comprenne clairement que le cours s’adresse aux débutants mais qu’il donnera de sérieuses connaissances en informatique. Excel est le programme préféré. Une femme âgée avait l’habitude de venir en avance rien que pour s’entraîner sur les feuilles de calcul.

Qui sont-ils ?

Une bonne partie des gens qui viennent le soir travaillent : vendeuses, mineurs ou mécaniciens auto. Beaucoup espèrent ainsi obtenir de l’avancement ou un meilleur emploi, spécialement dans un service d’information téléphonique récemment implanté dans la région (une des rares entreprises autres que la mine). Les plus pauvres viennent-ils à ces cours ? Probablement pas pour le moment.

La réaction générale aux cours est positive. C’est important, car les gens en parlent aux autres. Mon but actuel est de recruter des jeunes qui abandonnent l’école ou qui traînent sans boulot et sans projet d’étude. Nous allons voir quelques familles assez isolées. Dans l’une d’elles, parmi les plus pauvres, l’aîné ne fait rien et vit avec sa copine chez son oncle. Je pense que, grâce à nos rencontres, il a commencé des cours pour obtenir son diplôme de fin d’études secondaires et sa copine veut commencer le prochain cycle informatique.

Quelques jeunes ont essayé de suivre les cours mais n’ont pas continué. Parmi eux, les filles semblaient les plus motivées. Si les cours faisaient partie d’une formation professionnelle payée, ils accrocheraient plus.
Parfois, des jeunes, condamnés à des peines de travaux communautaires, ont des heures à faire dans un centre communautaire. J’espère intéresser aux cours ceux qui nous sont ainsi adressés.

En réponse à la demande de cours de perfectionnement, j’envisage un projet multimédia qui créerait un cédérom sur la région. Ce serait une manière d’apprendre des techniques plus avancées. Cela créerait aussi quelque chose qui servirait de base à une expression publique et serait source de fierté pour la communauté.
J’ai commencé à réfléchir à l’utilisation de cartes détaillées pour localiser les endroits significatifs, les institutions, les sites historiques… A la fin de chaque cycle, nous faisons une petite fête, où les gens apportent un plat cuisiné (potluck). C’est l’habitude ici, et c’est un bon moyen pour discuter plus librement. Ils peuvent aussi inviter des amis ou de la famille. La dernière fête a été très positive.

Elargir l’horizon

Beaucoup utilisent Internet : pour jouer, pour des forums, pour envoyer des courriers. Les échanges sont surtout locaux, avec des gens qu’ils connaissent déjà ou avec de la famille hors de la région. […] Internet est en train de devenir un outil de communication et de loisir, même dans cette région relativement isolée. Nous avons observé, au fil des années, la très grande attention et le temps consacré par les familles pour se tenir au courant de toute la vie locale. La population passe un temps énorme au téléphone à échanger des nouvelles, et plus on en sait, plus on a le sentiment d’être dans le coup. Cela permet à chacun de participer, même indirectement, à la vie de la communauté. C’est ce que les sociologues expliquent aujourd’hui en parlant du « capital social » en opposition au capital économique.

En dépit d’un isolement physique réel, les gens sont reliés les uns aux autres dans un perpétuel échange de manière étonnante. Vous pouvez parcourir des kilomètres à travers les montagnes avec un habitant du pays : il connaîtra au moins une personne dans chaque maison isolée, et tout ce que cette personne vit et a vécu.
Un bémol cependant : la population est surtout en relation avec les membres de la famille élargie, et les contacts sont donc très internes. Aller au-delà de ce cercle privilégié n’est pas une chose évidente. Cependant, à condition de prendre le temps et les moyens de s’y préparer, un échange avec d’autres s’avère possible, dans un contexte particulier qui rend les gens ouverts à cette idée.

Extrait de l’article Cours d’informatique dans les Appalaches de Vincent FANELLI. Cet article est l’un de ceux qui composent le n°187 de la revue Quart Monde.
Reproduit avec l’autorisation de la revue Quart Monde.


[1] Lors des cours prévus pour les débutants, les sujets suivants seront traités : les composants de l’ordinateur, l’organisation de l’information dans un ordinateur, le système Windows 95, fichiers et dossiers, introduction au traitement de texte Word 97 de Microsoft, les programmes graphiques, introduction au tableur Excel de Microsoft, les réseaux, y compris Internet.

Mis en ligne le samedi 13 septembre 2003



Répondre à cet article

Contact | Plan du site | Espace privé
Dernier ajout : mercredi 22 juin 2011 | 816 articles sur ce site.

Generationcyb.net est motoris´ par Spip 1.9.2e associ´ a un squelette spip Rizom
Sauf indication, les articles sont mis a disposition sous un contrat Creative Commons
Ministere en charge de la jeunesse Institut national de la jeunesse et de l'education populaire Information jeunesse Centre d'information et de documentation jeunesse