Rappel de l’épisode précédent (Coopération et mutualisation en EPN… à l’épreuve des faits) : malgré les difficultés liées au fonctionnement ordinaire des personnes et des groupes, des réseaux d’animateurs multimédias ou d’autres types d’acteurs parviennent à entreprendre un travail collaboratif pour répondre aux besoins de leurs membres d’enrichir leurs pratiques et leurs compétences, ou encore de mener à bien un projet commun [1].
A la différence d’une conduite de projet traditionnelle, la conduite d’un projet coopératif repose en grande partie sur le désir des participants de… participer [2].
Elle ne se fixe pas d’objectifs précisément quantifiés ni trop de contraintes, mais seulement un but général à atteindre, en misant sur la richesse de l’imprévu. Elle repose sur l’attention permanente aux opportunités qui peuvent survenir, plus que sur des intentions précises.
Cela signifie a contrario qu’un projet de travail commun qui doit atteindre un objectif déterminé dans un cadre de contraintes précises (délais, coût…) ne peut, par définition, être mené de façon coopérative, mais traditionnelle.

L’animation d’un projet coopératif demande des compétences d’animation particulières. Le (les) animateur(s) doi(ven)t être pédagogues, sinon charismatiques [3].
Leur mission est de :
former/informer les membres du réseau afin qu’ils se rassemblent autour du plaisir et de l’envie de faire quelque chose ensemble ; pour "donner envie", il ne suffit pas de proposer de travailler ensemble ; il faut aussi par exemple, avoir déjà avancé le projet commun pour qu’il soit suffisamment attirant ;
trouver des moyens et des outils pour valoriser l’altruisme et celles et ceux qui contribuent au projet,
permettre aux membres de produire [4] en fixant un minimum de règles de fonctionnement ; le but est que la production collective soit plus riche, qualitativement, que ne le serait la somme des productions individuelles ;
permettre au réseau de rayonner et de diffuser ses productions. Cela le valorise et montre à tous que l’absence (apparente) d’organisation et (réelle) de hiérarchie ne conduit pas au "chaos".
Des conditions de fonctionnement sont à respecter, qui devraient inspirer tout cahier des charges de construction humaine et technique d’un réseau.
Parmi celles-ci :
que tous les membres aient les mêmes facilités techniques de participer à la vie du réseau (pas de connaissances ou d’outils particuliers requis),
que lorsqu’un membre produit un message ou un document, cela soit immédiatement visible par lui-même et les autres membres (modération plutôt a posteriori qu’a priori),
que ceux-ci voient aisément qu’ils peuvent "réussir" ce qu’ils vont entreprendre, visualiser les étapes à franchir, etc.,
qu’ils puissent contrôler leur engagement (par exemple se désinscrire à tout moment).
La mort d’un projet du réseau n’est pas nécessairement la mort du réseau.
Au contraire, pour aider un réseau (d’animateurs multimédias, par exemple) à survivre ou à se développer, il est régulièrement nécessaire de "tuer" son projet pour lui permettre de "faire des petits" ou de rebondir sur un autre projet. On estime qu’en moyenne 2 ans sont nécessaires pour "commencer à" aboutir à un projet collaboratif, et que "tuer" (en douceur !) un projet nécessite une année.
[1] Cet article s’inspire beaucoup de l’atelier du 8 janvier 2004 aux journées Internet d’Autrans, intitulé "Coopération, organisation et vie d’un réseau" et animé par Daniel Mathieu, Michel Briand et Jean-Michel Cornu. Voir aussi un compte-rendu sur http://www.a-brest.net/article382.html. [2] C’est même la définition que certains donnent d’un réseau : un réseau existe lorsque l’on a conscience d’en faire partie. [3] D’où, parfois, la nécessité de recourir à une animation bicéphale : l’initiateur/technicien et l’"animateur fou", qui donne envie aux autres de participer. [4] Les chiffres montrent qu’en moyenne, 5% des membres d’un réseau sont producteurs. Les 95% restant observent, favorisent le rayonnement du réseau et constituent un réservoir de producteurs en puissance.
Mis en ligne le samedi 10 janvier 2004
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