Dans les projets collaboratifs, on dit souvent que l’abondance suscite la coopération. Mais cette notion d’abondance est difficile à appréhender. En quoi consiste-t-elle ? Comment le coordinateur d’un projet collaboratif peut-il créer et cultiver l’abondance ?
Trois images suffiront pour vous faire comprendre en quoi consiste l’abondance dans un projet coopératif.
Et comme abonder, c’est produire, nous vous proposerons ensuite quelques idées pour produire.
(NB : cet article fait partie d’un ensemble de ressources qui seront exploitées début juillet lors du stage "Projet coopératif et travail collaboratif, comment faire ?". Il est encore temps de vous inscrire ! : Projet coopératif et travail collaboratif, comment faire ?).
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Qu’est-ce que l’abondance dans un projet coopératif ?
Lorsque plusieurs personnes sont invitées à contribuer librement à un même projet (préparation collective d’une formation, d’une fête, travail de mutualisation de ressources, alimentation partagée d’un site Internet, etc.), on dit souvent que c’est le premier pas qui coûte. Mais quand certains franchissent ce premier pas et commencent à contribuer, l’envie grandit chez les autres de participer aussi.
L’abondance dont il s’agit concerne le matériau que le projet veut produire : des plats salés ou sucrés et des boissons pour une fête, des articles pour une encyclopédie collaborative, des contributions pour l’organisation d’un colloque, etc.
Première image, bien sûr, Wikipédia. Quelques chercheurs ont étudié [1] comment Jimmy Wales et ses amis ont créé les premiers articles de l’encyclopédie, rassemblant une matière suffisamment attrayante pour attirer petit à petit d’autres contributeurs. Aujourd’hui, le grand nombre d’articles présents sur Wikipédia et sa renommée suscitent l’envie de contribuer au projet.
Seconde image : la piste de danse. Si elle est vide, vous hésitez à vous lancer. Par timidité, peut-être, mais aussi parce que tous les regards seraient braqués sur vous. Vous vous dites que vous n’avez pas le droit à l’erreur. Non seulement vous risquez de vous attirer des moqueries si vous faites un faux pas, mais encore de "casser l’ambiance" et décourager d’autres de venir sur la piste (dans le langage de la coopération, on dirait que vous mettez en péril le projet).
Si la piste est noire de monde, les risques sont moins grands qu’un danseur maladroit décourage les autres. Et plus il y aura de danseurs, plus ils en attireront d’autres sur la piste.
Troisième image : revenons au repas de fête. Deux cas de figure. Premièrement, vous pouvez dire aux participants : "Ne vous inquiétez pas, j’assure le minimum : les jus de fruits, le pain et quelques trucs pour mettre dedans. Je propose à ceux qui veulent - mais chacun est libre - d’apporter une spécialité maison, un fromage ou une bonne bouteille de leur cave". Ou alors, vous leur dites : "Bon, alors, on se répartit les tâches : qui apporte le pain, qui apporte un jus de fruit, qui apporte un fromage, etc. ?".
Dans le premier cas, vous créez un début d’abondance et encouragez les participants à - s’ils en ont le désir et le temps - se surpasser en cuisinant ou en achetant ce qu’ils aiment faire partager. Vous laissez de la place à l’imprévu, que vous appelez de vos vœux.
Dans le second cas, tout est prévu, planifié, réparti. Certains bons plats seront partagés, mais la fête sera sans doute moins riche que dans le premier cas.
Quelques pistes pour créer de l’abondance
On le voit, c’est une des tâches essentielles [2] du ou des coordinateur(s) du projet que de créer une masse critique de matériaux qui incitera d’autres à contribuer.
Voici quelques pistes à creuser pour qu’un coordinateur de projet collaboratif crée de l’abondance au départ et tout au long du projet (sans y passer ses jours et ses nuits, car l’objectif n’est pas que le coordinateur fasse seul tout le travail !).
A vous de transposer, adapter et mettre en œuvre ces propositions. (NB : Par le terme de "matériaux", nous entendons les plats salés ou sucrés, les ressources mutualisées, les danseurs sur la piste, les articles mis en ligne sur Wikipédia, etc. : à vous de choisir ; certaines propositions ne concerneront cependant que des productions intellectuelles).
[1] Voir par exemple l’article de Dominique Cardon sur les innovations ascendantes. [2] Pour une approche globale des tâches du coordinateur, voir le paragraphe "Comment, concrètement, mettre en œuvre les principes de la coopération" de Premières approches d’un projet coopératif. [3] Ou les décrypter, mais c’est du travail ! Voir par exemple le passionnant blog www.fabriquedesens.net/-Oreille-attentive qui décrypte des émissions de radio. [4] Par exemple, dans le stage Spip organisé chaque année par l’Injep - voir Stage Spip à l’Injep : c’est parti ! - des matériaux sont échangés entre les participants par différents moyens : un site Wiki, une liste de discussion, des discussions en direct tous les 15 jours. Le coordinateur du stage récupère les traces de ces échanges, les remet en forme et les rend accessible au groupe et éventuellement à un public plus large. Ils constitueront de plus un matériau exploitable par le stage suivant.
Mis en ligne le jeudi 17 avril 2008
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