Il n’est pas dans notre intention de proposer quelque normalisation que ce soit à propos de cette question. Elle ne peut être abordée qu’en tenant compte des conditions locales, du public accueilli et de la sensibilité des animateurs. Nous ne pouvons que suggérer ici quelques éléments de réflexion.
On peut, par exemple, établir une liste d’arguments qui militent pour ou contre la tolérance. Ces listes ne sont pas exhaustives ; vous y ajouterez sans difficulté des arguments supplémentaires.
Pour la tolérance :
- L’une des vocations des EPN est d’amener, par le multimédia, un nouveau public vers des contenus et des activités culturellement riches. Le chat, le jeu et, plus généralement, les activités distractives peuvent être utilisées, à condition qu’elles soient bien encadrées et placées d’emblée dans une perspective qui les dépasse, comme une première étape vers des activités plus riches sur le plan culturel.
- Les EPN ont la particularité de se situer dans une position d’exploration de nouveaux territoires de l’action culturelle ; cette vocation ne peut pas être assumée sans prise de risque. La tolérance vis-à-vis des usages réputés distractifs est l’une des conditions nécessaires à l’accomplissement de cette mission. En l’assumant, les EPN peuvent être des lieux d’exploration de nouvelles pistes pour l’action culturelle et l’éducation.
- Il est impossible de prédire si le chat, forme particulière du dialogue synchrone à distance, ou le jeu garderont toujours les caractéristiques qu’ils ont actuellement. Les lieux d’accès publics pourraient être le théâtre de formes nouvelles d’usages du chat, et pourquoi pas, d’un chat qui aurait une valeur culturelle reconnue. Mais une telle évolution ne pourra pas se faire s’ils s’en détournent systématiquement. De même, le jeu en réseau n’est pas toujours synonyme de tuerie et que l’action culturelle n’est pas, par nature, incompatible avec ce type d’activités.

Contre la tolérance.
- Le chat et le jeu sont des activités consommatrices de temps ; les chatteurs et les joueurs ont tendance à monopoliser les postes au détriment des autres usages en accès libre. Dans certains contextes, notamment lorsque l’encadrement ne parvient pas à être suffisamment autoritaire, l’EPN peut se trouver débordé.
- Les EPN ont une responsabilité qu’ils doivent assumer vis-à-vis des parents des mineurs qu’ils reçoivent. Les jeux en réseau les plus appréciés des adolescents sont très violents. On sait aussi qu’une très grande partie des échanges sur le chat porte sur la sexualité, sous une forme directe, souvent très verte et parfois agressive. Sans aller jusqu’à s’inquiéter de possibles rendez-vous pris par des adultes mal intentionnés avec des mineurs, un minimum de précautions doivent être prises ce qui est, en pratique, très difficile. Par ailleurs, les effets psychologiques résultant de la pratique intensive de jeux ultra-violents sont l’objet d’interrogations de la part des spécialistes. Le principe de précaution, incite à la prudence.
- Un EPN est d’abord une institution publique, éducative et culturelle. Une activité consistant à échanger des propos salaces avec des inconnus ou à massacrer des avatars humains n’y a pas sa place. En la tolérant, c’est l’ensemble de l’institution et de ce qu’elle propose dont on compromet l’image.
- L’idée selon laquelle le chat ou le jeu pourraient être un moyen d’accès à des activités plus nobles est une illusion. Les chatteurs et les joueurs se contentent en réalité de rechercher les conditions leur permettant d’exercer leur passion à moindre frais.
Quelques choix d’EPN
Des EPN ont choisi d’adopter une position d’interdiction totale des applications telles que le chat et le jeu vidéo. D’autres optent pour une solution de tolérance quasi-complète. Entre ces deux solutions extrêmes, certains ont mis en place des solutions de tolérance relative, assorties de conditions particulières :
- le chat peut être autorisé mais des règles de bonne conduite (affichées sur chaque poste), portant notamment sur le contenu des messages, ont été fixées. L’animateur se réserve le droit de contrôler leur respect et de refuser l’accès aux contrevenants.
- Parfois, le chat n’est autorisé que dans certaines plages de temps qui sont spécifiées à l’avance. Il existe des journées avec chat et sans chat.
- plusieurs EPN aménagent des sessions spéciales, assez souvent nocturnes, consacrées au jeu en réseau.
Il existe une gamme d’attitudes possibles à l’égard des usages distractifs dont certains se situent dans une position limite par rapport à la vocation culturelle principale des EPN.