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Aperçu sur les usages du téléphone portable et d’Internet par les adolescents


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Dans une intervention récente devant un public de professionnels de la jeunesse, la sociologue Céline Metton-Gayon a donné quelques aperçus sur les nouvelles pratiques technologiques des adolescents, faisant l’hypothèse que le téléphone portable et Internet jouent à cette période charnière de la vie un rôle qui dépasse le rôle uniquement fonctionnel.

Tout d’abord, rappel sur quelques chiffres :

  •  93% des 12-17 ans sont familiarisés à l’informatique,
  •  87% sont familiarisés avec Internet,
  •  40% ont accès à domicile à l’Internet haut débit, 72% à l’école et 35% dans un lieu public,
  •  45% des 12-13 ans et 68% des 14-15 ans possèdent un téléphone portable.

    Céline Metton-Gayon s’appuie pour son analyse sur des entretiens menés auprès de 400 collégiens d’une zone d’éducation prioritaire du sud de Paris en 2004.

    Internet et le téléphone portable sont pour les adolescents deux outils aux caractéristiques communes : l’aspect privé, mobile, la possibilité d’user de modes de communication diversifiés (chat, sms…) avec le même outil. Ils occupent une place de plus en plus importante dans le quotidien, mais les relations de groupe et en face-à-face demeurent privilégiées.

    Bien que leurs usages soient extrêmement marqués et différents en fonction du milieu social, le téléphone portable et Internet offrent aujourd’hui aux jeunes une autonomie relationnelle plus précoce que pour leurs grands frères et soeurs il y a dix ans avec le téléphone fixe. Cette autonomie s’acquiert davantage de façon horizontale (entre adolescents) que verticale (avec les parents).

    Comment ces outils permettent-ils d’affirmer une autonomie dans la famille ?

    En règle générale, les parents considèrent Internet davantage comme un outil de promotion sociale que comme un danger. Ils s’inquiètent davantage du temps consacré à Internet (et à des pratiques de loisirs) que des contenus accessibles. Peu de parents se sont dotés de fitres de protection des contenus. Les parents français préfèrent plutôt éduquer qu’interdire (en donnant à lire à leurs enfants des articles de presse, des guides ou ouvrages sur Internet…) et faire confiance à ceux-ci. On constate de fait que les enfants et adolescents intériorisent les risques au fil des années, se transmettent les dangers du chat, etc. L’encadrement par les parents varie cependant en fonction du milieu socio-culturel. Les parents très diplômés ont tendance à être plus restrictifs.

    Pour les adolescents, Internet est un moyen de tester ou d’assurer leur autonomie en :

  •  négociant les règles avec leurs parents,
  •  détournant les règles (en allant chez des copains, en se créant une seconde adresse webmail alors que les parents pensent que l’enfant n’a qu’une adresse de courrier électronique, etc.),
  •  transmettant leur savoir faire à leurs parents,
  •  se créant un monde propre dans leur chambre à l’aide du téléphone portable et d’Internet.

    Affiliation et affirmation par rapport au groupe de pairs

    L’âge de l’adolescence est marqué à la fois par le désir d’affiliation à un groupe et le désir d’affirmer sa différence par rapport au groupe.

    Le téléphone portable et Internet permettent de rester "connecté" [1] à distance avec son groupe d’attache. Les critères de choix entre le mode de communication (sms, chat, blogs, appel téléphonique…) sont essentiellement financiers.

    La messagerie instantanée a le plus de succès. Elle permet de partager le soir des histoires qui n’ont pu être partagées dans la journée. Les blogs ont également un rôle important. L’objectif : obtenir le plus grand nombre de visites. Les chats permettent, dans des "salons" publics, des discussions en direct avec des interlocuteurs que l’on ne connaît pas toujours et qui se regroupent par affinités ou par proximité géographique ; la discussion peut se poursuivre ensuite dans un salon privé.

    Les outils téléphone-Internet permettent aussi de prendre ses distances d’avec son groupe de référence. Ils permettent :

  •  d’éluder l’impératif de la fidélité à son groupe de pairs. La messagerie instantanée permet de jongler à distance entre ses groupes d’amis en acceptant ou non ses interlocuteurs,
  •  de dire des choses à quelqu’un en particulier, à l’abri du regard des autres,
  •  d’entrer librement en relation avec des personnes de l’autre sexe, alors que celui-ci effraie au collège,
  •  le chat permet d’aller chercher ailleurs l’âme soeur, même s’il y a dichotomie entre les comportements sentimentaux à distance (marqués par une certaine aisance) et les comportements en vrai (beaucoup plus timides). Les liens établis par Internet débouchent peu sur de vraies relations.

    Le rôle du chat [2]

    C’est la possibilité de se confier à d’autres (personnes inconnues ou professionnels identifiés de tel ou tel domaine) de façon anonyme.

    Certains jeunes se donnent comme rôle de soutenir d’autres lors de chats ou dans des forums de discussion.

    On peut utiliser l’anonymat pour explorer les coulisses du monde des plus vieux que soi, ou des filles si on est un garçon ou l’inverse (par exemple, en se faisant passer pour une fille pour voir comment un garçon séduit une fille).

    C’est un outil qui permet aux adolescents d’articuler des comportements différents et même contradictoires, et d’explorer leur personnalité et celles de leurs interlocuteurs.

    A lire également : T’es où ? Le livret à télécharger en pdf.


    [1] On peut distinguer un "mode connecté", où le fait de communiquer à distance et la fréquence des contacts compte plus que le contenu de l’échange, et un mode "conversationnel", où l’on échange davantage.

    [2] Sur le chat et le blog, voir également le film "Blog, chat & Cie" accessible en ligne à www.capcanal.com suivi d’un film-débat sur la "génération virtuelle", avec Olivier Peraldi, auteur de l’enquête du Ministère de la Famille sur les enfants et la communication virtuelle, Keivan Helmi, blogueur de 17 ans, Justine Atlan, membre de l’association "e-enfance" et Isabel Silva Santos Malsch, mère de trois adolescents.

    Mis en ligne le lundi 2 juillet 2007



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